En mettant bout à bout ses mémoires tirées de toute son enfance, l’auteur en s’interrogeant sur son passé, passe en revue celui de son père, de sa famille où l’exil prend toute sa place et où s’imposent de multiples questions identitaires. Un livre qui parle du déracinement mais qui célèbre la vie. Une suite sans aucun doute de cette histoire fabuleuse du « Gone du Chaâba » (1986), roman adapté avec succès au cinéma en 1998 par Christophe Ruggia qui lui a valu le Grand Prix du Festival de Cannes Jeunesse.

Une longue histoire lumineuse bien racontée dont Azouz Begag ne s’est jamais échappé. Laissant même parfois libre cours à une ironie mordante et incisive qu’il mêle à ses souvenirs de gosse qu’il était, allant même chercher au fond de sa mémoire d’écolier de quoi faire de ce récit rocambolesque, une histoire familiale généreuse, tendre et nostalgique à la fois. Et avec une remarquable honnêteté, il dresse le portrait sobre et sensible de son père Bouzid aux côtés de sa mère Messaouda toujours là, affectueuse. Sans jamais aussi déshumaniser les autres acteurs de son récit sortis on ne sait d’où, comme Amor Plastic le cafetier, Miloud Météo, Lunettes Noires ou Front Tatoué. Là dans ce café où justement le thé à la menthe coule à flots et les jeux de dominos viennent à faciliter l’amitié entre tous. En retraçant le quotidien singulier de sa vie de famille avec toutes ses péripéties comme il y en a beaucoup dans les familles émigrées, Azouz Begag, avec son écriture brillante se raconte autour du personnage central de son père atteint d’Alzheimer, qu’il accompagne au milieu d’illustres amis à lui. Eux aussi, cabossés par la vie, que le destin a toujours rapproché dans la salle de ce « café du soleil » lieu mythique de ce quartier de Lyon, seul lieu de rendez-vous des anciens. L’auteur dans tout ce tumulte qui l’entoure, avec ses incertitudes et ses espoirs, arpente les traces de son passé peuplé de rencontres variées et diverses comme pour suspendre un moment le temps qu’il veut bien consacrer à ce père accoutumé aux fugues perpétuelles, qu’il faut toujours aller chercher quelque part sous la protection vigilante de sa mère. Toujours là, présente pour éprouver seule, le sacré de toute une existence. Malgré tous les efforts, rien n’arrêtera la longue descente du père Bouzid vers la mort que l’auteur, avec une certaine profondeur d’esprit laisse imaginer sans souffrances. Lequel père est parti, sans jamais exaucer son rêve : celui de retourner dans son pays natal.

Ecrivain et fin connaisseur de la culture française et des problèmes liés à l’émigration, l’intégration ou encore la violence et la pauvreté, Azouz Begag, auteur de nombreux ouvrages, tente dans ce dernier roman tout de finesse et d’élégance, de faire dialoguer le passé et le présent de l’histoire de l’émigration à travers le parcours de son père en France. Un peu comme une quête de vérité dont il ne cessera jamais d’en parler. Et en hommage à son père, pour terminer, il livre dans ces pages, une part de sa vérité intime, savoureuse et attachante jusqu’à ce voyage en Algérie, au village de Bendiab près de Sétif, pour ce retour aux sources sur le parcours de vie de son père dont il ne trouvera nulle trace, tout en évoquant avec authenticité sa « famille d’extraterrestres » qu’il nomme ainsi.

Azouz Begag, invité à une rencontre-dédicace le 6 avril prochain avec le public d’Aix en Provence à la librairie de Provence à l’occasion de la parution de son ouvrage aux éditions du Seuil (Mars 2018) a livré en exclusivité à Reporters.dz ses impressions et surtout parlé de son expérience acquise dans les rouages de l’Etat en tant qu’ancien ministre de la Promotion de l’égalité des chances. Et d’évoquer plusieurs sujets comme sa carrière d’écrivain ou plus encore l’Algérie qu’il a au coeur.

JACKY NAIDJA

*Les Mémoires au soleil : Publié aux éditions du Seuil (Mars 2018)

 

Azouz BEGAG : Fils d’émigrés algériens. Né en 1957 à Villeurbanne. Écrivain, Essayiste et Romancier, chercheur en sociologie urbaine au CNRS, est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages (romans et essais) et de plusieurs prix dont le Gone du Chaâba (1986), un mouton dans la baignoire (2007), la voix de son maître (2017) et la faute des autres (2017). Il a été aussi Ministre de la Promotion de l’égalité des chances de 2005 à 2007 dans le Gouvernement de Dominique de Villepin et de Jacques Chirac. Il a été fait Chevalier de la Légion d’honneur en 2005.