A Cinemed Montpellier, Merzak Allouache en invité d’honneur est venu présenter son importante filmographie (15 films) et non des moindres et participer aux masters class cinéma pour porter à la connaissance d’un auditoire très nombreux de jeunes lycéens son expérience du cinéma et sa pratique en tant que réalisateur.

Cinemed 2017 lui consacrant en effet une belle rétrospective de toute sa filmographie depuis ses tout premiers films. Une œuvre majeure avec laquelle il a traversé l’Algérie et toute sa société, continuant encore jusqu’à aujourd’hui de l’observer encore à travers tous ses mouvements sociaux et culturels, avec des allers retours entre la France où il réside et l’Algérie qu’il porte toujours dans son cœur où il a constamment trouvé sa vraie source d’inspiration.

On connait le génie de ce cinéaste sorti de l’IDHEC Paris après des études à l’Institut du Cinéma d’Alger, qui a emballé le public algérien avec le film « Omar GATLATO » en 1976. Une comédie burlesque sur la jeunesse de cette époque qui reste en mémoire de plusieurs générations, présenté avec succès à Cinemed cette semaine. Puis en 1978 avec un 2è film : « les aventures d’un héros » qui a vu sa carrière prendre son envol et relancer ses tournages dans des réalisations à succès comme « Bab El Oued City » (1994) Salut « Cousin » (1996), « Chouchou » (2002) avec Gad El Maleh et Alain Chabat ou encore Bab el Web (2004) avec Sami Naceri et Julie Gayet. Il n’en demeure pas moins que pendant un certain temps, il a aussi beaucoup contribué à la réalisation de courts métrages et de documentaires pour la télévision algérienne pour garder ce lien sacré avec le 7è art. Cela lui a valu d’ailleurs de grands mérites sans toujours de la vraie reconnaissance. Mais toujours alerte sur les moindres signes sur la société algérienne, gardant de là où il est un œil toujours braqué sur ses mœurs, ses coutumes depuis ces événements sanglants de cette décennie noire qui n’a épargné personne, encore plus les cinéastes et les journalistes dont il reste un des premiers grands témoins. Depuis 2012, il est à la manœuvre pour la réalisation de films en tant qu’indépendant où rien ne lui échappe, ni la comédie ni le drame. Comme dans « Normal » (2012), le film qu’il a lui même réalisé et produit. » La Baie d’Alger » (2012), » le Repenti » (2012), » Les Terrasses » (2013) », « Madame Courage » (2015) » ou encore « Enquête au Paradis » (2016) pour qui il a une certaine affection. Un film d’investigation sur une enquête de journalistes en Algérie traitant la propagande extrémiste, le salafisme et l’appel au Djihad au Maghreb et au Moyen Orient et surtout les causes qui motivent les jeunes à s’enrôler dans des groupes djihadistes pour exécuter des attentats suicides. Un film choc pour certains, et qui relate une certaine vérité pour d’autres. D’où cette équivoque qui enfreint sa distribution encore aujourd’hui.

Ces 2 films « Enquête au Paradis » (qui sera en compétition lors du 21è festival du film arabe de Los Angeles (USA) qui se tiendra au 27 au 29 Octobre prochain) ainsi que Madame Courage » n’ont pas trouvé encore à ce jour de distributeurs ce jour, devait nous avouer Merzak Allouache déçu. Se disant par ailleurs fort pessimiste quant à l’avenir du cinéma algérien qui ne décolle pas vraiment malgré un regain de renouveau porté par de jeunes cinéastes.

Merzak Allouache demeure cependant celui à la brillante carrière qui a découvert Gad El Maleh avec lequel il a réalisé 3 bons films et dont il en tire une certaine fierté, tant de sa propre expérience que de son autre manière de faire du cinéma Algérien.

De Montpellier, JACKY NAIDJA

 

 4 QUESTIONS DE Reporters.dz A MERZAK ALLOUACHE

1/ Reporters.dz: Où en êtes-vous avec le cinéma aujourd’hui?

 Merzak Allouache: Comme vous le voyez je suis toujours passionné par le cinéma et ma présence à Cinemed que je fréquente depuis mon tout début de carrière prouve aussi ma fidélité à son festival dont j’ai bénéficié de toute son aide. Je continue à produire des films sur des sujets tirés souvent de tout ce que je vois, je perçois en Algérie comme dans mes deux derniers films de Madame Courage ou Enquête au Paradis qui n’ont pas trouvé au jour d’aujourd’hui des distributeurs depuis 2012 pour le 1er et 2015 pour le second. N’allez pas chercher loin, ils n’ont pas reçu encore de visa pour être sur les écrans en Algérie. C’est dire toute les difficultés que les réalisateurs comme moi rencontrent face à des organismes de cinéma étatiques complètement absorbés par l’administration et la routine. Je suis et reste dans une grande frustration.

2/ Reporters: D’où viennent alors ces carences?

Merzak Allouache: Elles viennent tout simplement de ce côté administratif lourd, routinier lié au fonctionnement Ce qui me rend beaucoup plus pessimiste sur l’avenir du cinéma dont on attend beaucoup et notamment sur cette jeunesse un peu « orpheline » bafouée par la décennie noire, pas beaucoup formée ou alors sur le tas, qui a des projets de films, qui travaille et qui n’y arrive pas à cause de certains blocages certains. Car on fonctionne comme il ya quarante ans, avec les mêmes méthodes, avec le même environnement. Et cet environnement là, le plus proche du cinéma et des gens du cinéma, ne me plait pas du tout. Je le dis en toute sincérité. Les films c’est comme les livres, ils sont faits pour être vus et lus. Cela dépend le plus souvent de l’aide financière que l’on attribue à tel ou tel projet de film. Et cette aide tarde le plus souvent à venir au point de décourager les bonnes volontés. Après l’indépendance, on était dans la censure, avec des cinéastes « fonctionnaires » de l’Etat qui produisaient ou pas mais qui étaient payés. Aujourd’hui c’est un autre monde avec le numérique et Internet où on a en Algérie des cinémas complètement abandonnés, désaffectés et c’est à peine qu’on commence à faire un travail dans cette direction qu’on aurait dû entamer il y a quarante ans. Un public de plus en plus éloigné des salles obscures, qui ne suit pas et pour ceux qui font des films, l’argent ne vient pas, en tous cas, pas là où il faut. C’est que le cinéma n’est pas une vraie priorité.  Il y a ce cinéma de guerre de libération qu’on aide beaucoup, ce cinéma de films du mois de ramadhan aussi qui se créent ici ou là à la va vite et qui sont aidés ou encore ces grands événements comme celui de Constantine Capitale Arabe avec d’autres films de célébration qui ont engrangé des sommes énormes. Au point qu’on voit une grosse partie de la production de films algériens piratés, duplicates et vendus sur le marché parallèle. Mieux encore des jeunes cinéastes ou vidéastes qui mettent des films sur youtube et ça prospère bien. C’est là aussi une grande responsabilité que l’autorité en place ne prend pas.

3/Reporters: Et votre passage en ce moment à Cinemed Montpellier?

Merzak Allouache : Voyez-vous, j’en suis très fier et heureux d’être là à Cinemed pour échanger, écouter ce monde du cinéma y compris les apprenants des lycées classe cinéma qui sont débordants de vitalité et de curiosité. C’est comme ça que j’aime le cinéma, ouvert au monde, à la Méditerranée avec laquelle sans nul doute il va falloir construire un autre avenir, avec l’Afrique aussi et son potentiel énorme de jeunes qui ne demandent qu’à apprendre. Je suis aussi très fier de voir tous mes films projetés dans ce festival devant le grand public de Montpellier qui leur a réservé un accueil chaleureux. J’en suis reconnaissant surtout pour Enquête au Paradis qui a été projeté ici et pas encore en Algérie. Ce même film est en compétition au festival arabe à Los Angeles aux Etats Unis. Je tiens à dire ici toute ma reconnaissance à Cinemed et à ses organisateurs.

4/ Reporters.dz: Quelles sont vos impressions à propos de ce projet de restauration de films engagés par les autorités?

Merzak Allouache: C’est une très bonne initiative et elle était attendue depuis longtemps. Personnellement j’ai 2 films dont Omar Gatlato dans ce cas précis. Attendons de voir avec les labos italiens qui sont en possession de nos archives de films depuis 1982 à 1985 et ceux des labos Eclair qui ont la main sur la conservation de nos archives de films. En tous cas je prends cela comme une avancée positive pour l’avenir de nos films.

PROPOS RECUILLIS PAR JACKY NAIDJA, A MONTPELLIER