RENE VICTOR PILHES
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A PROPOS DE SON LIVRE « LA NUIT DE ZELEMTA »

RENE VICTOR PILHES

A la suite de la parution de son livre « La nuit de Zelemta » aux éditions Albin Michel, Reporters.dz a voulu aller plus loin avec l’auteur sur ce qui l’a amené à ressusciter cette histoire sur la période tragique de la guerre d’Algérie. Car c’est à travers la rencontre d’un jeune officier militaire pied noir et d’un militant progressiste algérien du FLN en l’occurrence Abane Ramdane qu’il a construit toute son œuvre ainsi que sur la relation France Algérie durant cette période.

Reporters.dz: René Victor Pilhes, Y a-t-il une ou plusieurs raisons pour que 60 ans après, vous raviviez l’histoire de la guerre d’Algérie à travers votre livre?

R.V.Pilhes: Il y a en effet deux bonnes raisons à ce livre.
Comme des centaines de milliers de jeunes français mobilisés quand ils ne demandaient rien à personne, j’ai porté cette guerre en moi telle un fardeau car dans nos villes et nos campagnes, on ne nous a jamais préparé à l’univers que nous avons découvert à notre arrivée. Ensuite, l’histoire de ce jeune officier pied noir natif de Témouchent tout autant que la personnalité unique d’Abane Ramdane m’ont depuis toujours obsédé. N’oubliez surtout pas que je suis romancier.

Reporters.dz: Avec ce récit anecdotique, pensez-vous avoir réussi tout au moins à lever le voile sur l’histoire de la guerre et particulièrement sur l’Affaire Abane Ramdane? Ou bien est ce la fin d’une longue omerta sur ce sujet?

R.V.Pilhes: Oui. En effet j’ai pu en tous cas à mon niveau, contribuer en relatant cette histoire à ma manière à lever le voile sur l’histoire de cette guerre en dépit de nombreux ouvrages publiés sur ce sujet. Oui particulièrement sur Abane Ramdane dont le rôle ou le sort ont été souvent occultés.

C’est donc la fin en effet d’une longue omerta sur cette affaire.

Reporters.dz: Par quoi vous avez été guidé essentiellement pour écrire si bien ce récit où se confondent idéalement histoire et mémoire?

R.V.Pilhes: Merci de votre compliment mais à 82 ans on peut plus facilement l’accepter. Cela dit, à la réponse de votre question s’ajoute simplement le fait que mon instinct de romancier a fonctionné au plus haut niveau. Par ailleurs, outre ma propre expérience, les années qui ont suivi j’ai beaucoup lu là dessus.

Reporters.dz: Vous évoquez avec une certaine compassion le déchirement des rapatriés qui ont dû quitter l’Algérie. Que dites-vous alors des harkis et de leur sort qui restent les « oubliés de la France?

Oui. Cela est aussi vrai pour les Harkis pour lesquels j’éprouve aussi de la compassion. Seulement il se trouve que lors de mon séjour en tant que militaire mobilisé de 1955 à1957, je n’en ai pas rencontré un seul. Et somme toute, pour écrire ce livre je me suis basé essentiellement sur mes souvenirs propres et n’étant pas historien bien que je connaisse l’histoire de cette guerre, je n’ai pas cru devoir forcer ma réalité.

Reporters.dz: Vous avez néanmoins tenté de ressusciter le souvenir de la guerre avec tous ses paradoxes sans nier son existence et ses protagonistes. Pensez-vous que puisse alors s’engager un vrai débat notamment autour de la mémoire sur cette question qui lie l’Algérie à la France au moment où des deux côtés de la Méditerranée on appelle à un réchauffement des relations d’amitié et de coopération?

R.V.Pilhes: Oui tout à fait. On peut engager un tel débat à la condition qu’on aille des deux côtés courageusement au fond et non que l’on répète à l’envi ce qui a déjà été dit et écrit.

Reporters.dz: Que pensez-vous de l’Algérie d’aujourd’hui et comment imaginez-vous son avenir?

R.V.Pilhes: Je ne sais pas et ne saurai vous dire. J’ai seulement le souvenir d’un pays extraordinaire, magnifique de beauté, unique que j’ai malheureusement traversé en opérations de guerre. Un littoral, des plaines, des montagnes, un sous-sol. Qui peut rivaliser avec un tel trésor?

Forcément, un jour viendra où il sera pleinement et intelligemment exploité par ce peuple que j’ai connu si fier et si courageux.

Reporters.dz: D’un dernier mot. Savez-vous que depuis quelques jours est sorti un livre sur Abane Ramdane » Au cœur de la Tempête » dont l’auteur n’est autre que son fils Belaid Ramdane et qui apporte un éclairage remarquable sur le parcours militant de son père?

R.V.Pilhes: Non sincèrement je l’ignorais. j’espère seulement qu’il aura le succès que son héros mérite.

Entretien réalisé par Jacky NAIDJA

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