Le cinéma algérien est venu en force hier à la rencontre de son public lors de cet échange avec cette « nouvelle génération de cinéastes « où Lyès Salem* réalisateur en tête, Hassen Ferhani, Damien Ounouri, Karim Moussaoui, Mohamed Targui Adila Bendimerad, Sofia Djama, Amel Blidi, Amina Haddad,Lamine Ammar Khodja, étaient tous là, invités au festival pour présenter leurs films inspirés de leur pays.

Une rendez-vous unique de ce festival, animé par Benoit Califano pour parler de leur manière de faire du cinéma en Algérie. Un moment crucial aussi pour ces jeunes auteurs déterminés surtout à montrer avec audace par leurs films, le nouveau visage du cinéma algérien sur lequel ils portent un regard attentif. Un cinéma fait à partir de l’Algérie, avec peu de moyens financiers ou des budgets peu coûteux. Avec pas assez de salles convenables pour accueillir leurs films quand la plupart d’entre elles sont encore délabrées ou fermées et un public de plus en plus éloigné quand il n’est pas absent ma plupart du temps. Il leur restait ce moyen inconditionnel par leurs seuls films de continuer d’exprimer leur rapport à l’Algérie à partir de leurs réalisations, malgré un manque évident de maisons de production, de diffusion. Une raison de plus de prouver qu’ils peuvent transmettre des films grâce à leur cinéma à eux, fait par eux, malgré un traumatisme fort, laissé par cette guerre civile due à cette décennie noire que nul ne peut oublier. Et pourtant ces jeunes réalisateurs, comédiens, producteurs de cette nouvelle génération, avec une ambition forte ont tout bravé pour garder une fenêtre ouverte sur l’Algérie qui a subi de plein fouet la crise économique mondiale. Un cinéma novateur qui vient de démontrer dans ce festival de Montpellier tout son dynamisme par la qualité de leurs sujets divers et variés sur la société algérienne. Laissant en suspens toutes les questions des uns et des autres sur ce rapport permanent de la société au cinéma en Algérie. Une mission importante pour cette génération qui a vite grandi sans avoir trop connu la réalité du cinéma algérien si célèbre dans les années de l’indépendance et bien après dans la foulée d’un réalisateur comme Merzak Allouache » leur mentor » comme l’a souligné Lyés Salem. Tant leur amour du cinéma, leur dévouement et leur acharnement ont fait leur réussite, que même les professionnels de nombreux festivals en France et en Europe, notamment à Cinemed reconnaissent aujourd’hui. Ils viennent de faire la démonstration avec talent que leur cinéma bouillonnant d’actualité et de ferveur peut encore aller plus loin. Au point de vouloir à tout prix libérer le cinéma algérien de ses chaînes, de ses ankyloses administratives, financières et autres exigences abusives de l’administration pour une conception nouvelle du cinéma. A une seule condition, qu’on regarde d’un autre œil leur cinéma algérien et qu’on l’aide un peu plus à la hauteur de ses ambitions pour qu’il puisse montrer réellement toutes les merveilles qu’il recèle en son patrimoine et tout le talent de ses créateurs. Un appel qui vient du cœur pour préparer certainement notre regard à découvrir les auteurs algériens d’aujourd’hui et ceux de demain. A la veille de la clôture de ce 39è festival avec la soirée réservée au Film ‘Plonger » (2017) en présence de Mélanie Laurent réalisatrice, le jury du palmarès va désigner le lauréat de l’Antigone d’or parmi les candidats des 9 films longs métrages en compétition ainsi que les autres prix toutes catégories confondues. Une certaine effervescence se fait déjà sentir parmi le public et encore plus chez les compétiteurs à l’exemple de Sofia Djama pour son film » les bienheureux » en compétition dans la catégorie des longs métrages. Ce film qui raconte l’Algérie, et Alger où précisément quelques temps après la guerre civile, Amal et Samir ont décidé de fêter leur 20è anniversaire de mariage. Durant leur trajet, ils évoquent leur Algérie….*Lyés Salem a accepté pour Cinemed de présenter au cours de ce festival 2 classiques de films qu’il a sélectionné: « les vacances de l’Inspecteur Tahar (1973) et Leila et les autres » (1977). Une façon bien à lui de montrer et faire revivre le succès du cinéma algérien postindépendance toujours populaire qui reste en mémoire de plusieurs générations.

JACKY NAIDJA, DE MONTPELLIER