Les migrants en Méditerranée avec Sophie Joissains

Les migrants en Méditerranée avec Sophie Joissains

Sophie Joissains, sénatrice des Bouches du Rhône et adjointe à la culture et à la politique de la ville: «Ces personnes prennent des risques énormes pour un eldorado qui… n’existe pas !»
Reporters : Quelle est votre opinion sur les migrants en Méditerranée sachant que de plus en plus de personnes traversent la Méditerranée et que le chiffre alarmant de 137 000 migrants est officiellement annoncé pour ces 6 derniers mois par le Haut Commissariat aux réfugiés ?
Sophie Joissains : Le fait est que la pauvreté est aux portes de l’Europe et que la démographie de l’Afrique s’accroît de façon inédite. En ce qui concerne ceux qui répondent aux conditions du droit d’asile, il faut accroître les politiques d’intégration, pour les autres qui représentent l’immense majorité d’entre eux, il est impossible de les garder sur notre territoire, mais une politique purement répressive, outre qu’elle n’est pas satisfaisante sur le plan humain, à terme ne servirait pas à grand-chose. Il nous faut agir pour combattre la misère qui est la leur et rendre l’espoir possible dans leurs pays. L’enjeu que constitue l’accès à l’eau est bien évidemment primordial. Le projet que porte Jean Louis Borloo sur l’électrification de l’Afrique est à cet égard emblématique et doit être accompagné de politiques éducatives, de politiques de formation professionnelle. Ces personnes prennent des risques énormes pour un eldorado qui… n’existe pas ! Ils partent désespérés de chez eux en étant d’un bout à l’autre de la chaîne la proie de gens sans scrupule. Du voyage dans des conditions effroyables, ils arrivent, s’ils ont la chance d’y arriver en vie, dans un pays où, clandestins, ils n’auront aucun droit et aucun avenir.
Deux pays, l’Italie et la Grèce, sont les plus touchés par cet exode massif. En tant qu’Européenne convaincue et sénatrice, quelles solutions apporter au règlement de cette situation et comment voyez-vous l’avenir de ces migrants quand beaucoup d’entre eux ne bénéficieront pas du droit d’asile ?
Il semble évident que ce ne sont pas quelques pays européens qui peuvent seuls prendre en charge cet exode massif. L’Europe a ici un rôle à jouer que les États ont toujours refusé pour d’évidentes raisons de souveraineté. D’abord, un rôle sur la protection des frontières extérieures : l’espace Schengen, sans une politique correspondante et conséquente de contrôle aux frontières extérieures, fragilise les États qui n’ont pas les moyens d’y faire face. Aujourd’hui, l’agence Frontex dépense moins d’1% du budget mis en place par les États-Unis dans cette mission. Je ne suis pas en train de dire que l’Europe doit se substituer aux États, mais que conformément au principe de subsidiarité qui doit présider à la mise en place de toute règle européenne, elle doit les suppléer et les conforter fortement dans cette mission. De plus, il apparaît indispensable d’accroître la politique répressive vis-à-vis des passeurs et cela passe par des coopérations internationales accrues où la position de l’Europe ne peut qu’être majeure. Ensuite, un rôle d’unification des règles communautaires en matière de droit d’asile. Cela est prévu par le Traité de fonctionnement sur l’Union européenne, mais cette mission peine à aboutir, car sa conséquence pourrait être et, à mon sens, devrait être une répartition équitable des réfugiés sur l’ensemble du territoire européen. Rappelons dans ce cadre que les termes de l’article 78 §.1 TFUE disposent que « l’Union développe une politique commune en matière d’asile, de protection subsidiaire et de protection temporaire visant à offrir un statut approprié à tout ressortissant d’un pays tiers nécessitant une protection internationale et à assurer le respect du principe de non-refoulement ».
Jacky NAIDJA