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MAISSA BEY* ENCHANTE LE PUBLIC AIXOIS DE LA LIBRAIRIE DE PROVENCE  D’AIX-EN-PROVENCE.

Maïssa BEY

Poursuivant inlassablement sa tournée qui l’a emmenée jusqu’à Aix en Provence et après le salon des livres de Mouans-Sartoux, Maissa Bey est allée à la rencontre du public aixois à la librairie de Provence. Un public fin connaisseur et familier de son œuvre qui s’est bien retrouvé dans son nouveau roman. Elle est venue avec sa spontanéité naturelle pour parler de son dernier roman « Nulle Autre Voix » publié aux éditions de l’Aube (2018).

Son enfance, sa jeunesse, ses débuts…

D’abord avec la presse, en abordant son enfance et ses premières lectures, celles qu’elle est allée chercher dans les appartements de son immeuble, laissés vides par les européens de l’époque qui ont quitté l’Algérie dans les premiers mois de l’indépendance. C’est d’instinct dit-elle: « je suis toujours à la recherche de livres et de lectures », d’où certainement cette passion qu’elle découvre avec envie. Puis dévoilant sa jeunesse au collège et au lycée avant l’Ecole Normale Supérieure des élites du professorat pour devenir professeur de français plus tard. S’adaptant comme elle le souligne avec courage dans l’Algérie indépendante, dont le quotidien de plus en plus difficile pèse sur tout le reste, où il faut livrer toujours un combat sans répit pour survivre et joindre les deux bouts. Professeur de français au lycée puis à la faculté, elle est la fierté de sa famille surtout depuis qu’elle a reçu en 2005 le grand prix des libraires pour l’ensemble de son œuvre. Puis vint le prix Cybelle en 2006 pour son roman autobiographique « Bleu, Blanc, Vert ». Un prix élogieux pour un livre sensible qui retrace les années de l’indépendance de 1962 à 1972. Une période parmi trois autres qui l’ont construite, dont celle de la décennie noire du terrorisme et celle d’après, c’est-à-dire d’aujourd’hui où tout est à reconstruire malgré le retour d’un certain fanatisme bercé par un islamisme ambiant de plus en plus en action. Elle y dévoilera une fois de plus sa passion pour l’écriture dont elle ne s’en passera plus jamais. Regrettant le déclin de l’enseignement mal adapté à cette époque dû à une formation défaillante et où les bonnes manières ont disparu laissant place à l’improvisation. Puis évoquera la place des réseaux sociaux envahissant la toile où tout se dit sur n’importe quoi. Douée pour l’écriture, elle entame une nouvelle carrière d’écrivaine, aux influences partagées entre le roman, les nouvelles, les essais et aussi les pièces de théâtre.

Maïssa BEY, une femme engagée

Chacun de ses romans est une histoire particulière confie-t-elle, vraie, où les femmes occupent souvent le bon rôle. Et avoue ne pas se reconnaitre dans l’étiquette de féministe qu’on lui fait porter souvent, même si elle est une voix pour les femmes algériennes parmi toutes les autres voix de femmes, engagée plus par sa plume acérée et portée par de la colère le plus souvent à cause de la liberté qui se rétrécie de plus en plus face au fanatisme qui reprend du service devant le désengagement du pouvoir de l’Etat.

Il y a chez elle ce mélange de douceur, de sagesse portant en permanence un regard des plus bienveillants sur le public jusqu’à la rendre émouvante, quand elle raconte avec grande éloquence son long parcours devant de nombreux lecteurs avertis, interrompue à peine par quelques questions auxquelles elle répond volontiers avec ses bons mots rassurants, épinglant sans cesse des anecdotes comme autant de souvenirs qui lui reviennent tout d’un coup à l’esprit. Avec toujours un retour à un de ses titres de livres qu’elle montre en exemple et notamment son dernier :

« Nulle Autre Voix »Nulle Autre Voix

Inspiré de faits réels sur cette rencontre de deux femmes, leurs échanges et autres confidences dont elle parle avec franchise et transparence. Où il est question d’enferment, de liberté, de femmes, violences et de meurtre, dans un pays comme l’Algérie qui subit de plein fouet la mondialisation et les crises du Moyen Orient et de la Méditerranée, qui conditionnent forcément l’avenir de cette région. Un roman dont le succès est déjà annoncé, tant il a été bien reçu au  dernier salon de Mouans-Sartoux par le public et les libraires. Ecrit dans un style concis, compréhensible, souple, qui raconte une histoire et un univers, celui de cette femme qui vient de purger 15 ans années de réclusion pour avoir tué son mari et qui a décidé  de se murer dans le silence gardant pour elle sa part secrète. Jusqu’à cette rencontre avec une autre femme écrivaine venue la chercher, bien décidée à la laisser parler d’elle pour mieux se dévoiler et se livrer peu à peu jusqu’à faire entendre sa voix dans une certaine liberté retrouvée.

Maissa Bey, avant de continuer sa tournée à Paris pour les lectures de textes et avant le salon du livre de Paris puis celui du SILA d’Alger, nous a  accordé une interview exclusive  qui sera publiée prochainement.

JACKY NAIDJA AVEC INES ILIANA NAIDJA

Photos : Guillaume LIAUTAUD

Maïssa BEY*Maissa Bey:

Romancière, essayiste, nouvelliste, dramaturge, est auteur de nombreuses publications aux éditions de l’Aube qui lui ont valu plusieurs prix.

MARSEILLAIS*:
LIGNES DE VIE D’UN PEUPLE

Marseillais : LIGNES DE VIE D'UN PEUPLEUn livre écrit à quatre mains par Patrick Coulomb et François Thomazeau, Journalistes, qui ont décidé de raconter la mémoire de Marseille à travers 22 personnalités tirées de 22 cartes du Tarot marseillais pour en dresser leurs portraits suivis d’enquêtes avec leurs témoignages souvent poignants.

Et parler de Marseille et des Marseillais comme ils l’ont fait, avec cette tendresse là, une simplicité comme celle là, est en soi une gageure et une marque de reconnaissance infinie à Marseille d’abord et à la mémoire de son peuple marseillais ensuite. Un témoignage frappant de chacun de ces 22 personnalités qui a surtout tenu compte de leur diversité, de leurs valeurs et qui, au regard de la ville parlent de « leur ville » avec une sensibilité amoureuse toute particulière. Et de raconter l’effet très fort qu’a Marseille sur les individus qui ont marqué une époque marseillaise fabuleuse jusqu’à enchanter la vie contemporaine de cette ville. Sans les citer tous, en passant par Robert Vigouroux ancien maire de Marseille, Pape Diouf ancien président de l’OM, Rudy Ricciotti l’architecte qui a fait de Marseille sa ville, Sophie le Saint de la télévision, ou Dominique Bluzet, homme de théâtre, tous ont jeté un regard lucide et plus ou moins attachant et souvent complice à leur ville malgré toutes les tentations communautaristes. Même si l’envie de partir ailleurs pour un certain nombre d’entre eux existe, il y a toujours cette autre envie d’y revenir aussi comme le fait Sophie le Saint à chaque fois qu’elle a l’occasion de quitter le petit écran de France Télévision pour retrouver sa ville natale de Marseille. Patrick Coulomb et François Thomazeau qui ont présenté leur livre dès sa sortie à leurs confrères au Club de la Presse de Marseille, ont eu les mots justes pour mettre largement l’accent sur ce lien très fort de Marseille avec ces gens d’où qu’ils viennent, « d’ici ou d’ailleurs », avec cette mentalité marseillaise particulière, plus vraiment comme là bas, mais pas encore tout à fait d’ici. Insistant sur leur attrait pour cette ville avec un fort optimisme comme pour se déterminer d’abord comme marseillais de cette ville de Marseille et à laquelle ils sont singulièrement attachés. Une ville longtemps ouverte vers le large où tant de voyageurs se sont arrêtés et ne sont plus repartis. D’où le titre « Marseillais » de ces 160 pages reproduisant une mosaïque de personnages qui raconte la mémoire de ce « peuple de Marseille », laissant la porte largement ouverte à leurs portraits, leurs itinéraires, à leurs noms plus ou moins célèbres qui ont marqué une époque marseillaise historique telle qu’elle s’est construite, telle qu’elle va en avançant au gré du temps avec pourtant de multiples similitudes. Pour enfin voir renforcer aussi leur identité grâce à ce seul sentiment particulier d’appartenance comme par exemple appartenir à la légende du club de l’OM. Même si le vivre ensemble et le côte à côte existe bel et bien surtout au vélodrome tout en s’ignorant les uns les autres. Cela n’enlève rien à ce cliché fait de Marseille où football, Vélodrome, rime aussi avec pétanque, pastis, belote et autres galéjades bien connues. Tour s’est imposé passionnément. Mais on reste pourtant frappé par cette « passion positive » de Marseille qui prouve que le mélange des cultures tel qu’il est façonné à Marseille depuis fort longtemps s’est bien ancré dans la société pour enfin se développer peu à peu jusqu’à justifier l’existence de cette appartenance C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les deux auteurs de ce livre en ouvrant ces pages à la lecture du public comme une entrée en matière et de rappeler que « pour le reste, le plus simple c’est de venir à Marseille à leur rencontre. »

JACKY NAIDJA

*Marseillais : LIGNES DE VIE D’UN PEUPLE de Patrick Coulomb et François Thomazeau publié aux éditions HD ateliers Henry Dougier (Mars 2018).

*Patrick Coulomb et François Thomazeau sont invités à une rencontre dédicace suivie de la signature de leur livre à la librairie de Provence d’Aix, le Samedi 26 mai 2018 à 11h. Entrée libre.