BENJAMIN STORA : L’HISTORIEN AU CHEVET DE L’HISTOIRE ALGERIENNE.

Benjamin Stora vient de publier un excellent manuscrit «Mémoire Algérienne» aux éditions Robert Laffont dans la collection  « Bouquins» (Mars 2020).

Un titre à lui seul qui sonne comme un appel à un retour sur soi. Il y a en effet chez l’historien, ce retour permanent vers son passé, son enfance et ses souvenirs, son exil. Comme un devoir pour lui de partir de quelque part d’abord, de sa mémoire avant tout, qui va jusqu’à se confondre avec ses souvenirs pour mieux raconter le futur. Cela à chaque fois qu’il s’agit de l’histoire de l’Algérie, intimement liée à celle de la France. Une relation particulière et ancienne entre les deux pays, toujours compliquée à cause de ce passé marqué fortement par la colonisation. Un passé colonial qui a imprégné les imaginaires et dont l’auteur guidé par sa passion algérienne évoque la source des conflits mémoriels qui altèrent l’histoire. Et ses sujets brûlants sur lesquels un travail mémoriel n’est jamais tout à fait accompli. Benjamin Stora aura tout de même tenté ici dans ce prodigieux récit de faire ressurgir l’histoire passionnée et passionnelle plus ou moins inexpliquée de son pays l’Algérie au plus près de ses émotions, ses sentiments intimes plus personnels. Une histoire dont l’idée centrale est la guerre d’Algérie et le passé colonial tout en restituant son vécu, poussant la réflexion jusqu’à la confrontation avec sa vision intime sur les fractures mémorielles qui ne peuvent ressortir que le traumatisme subi de part et d’autre des deux pays. Tout en replaçant l’histoire à travers des repères sociologiques et politiques sans aucun écart, même si les mémoires ont tardé à faire l’objet d’une prise en compte sérieuse dans le débat et l’espace public. Mais alors se pose la question : Comment vouloir tourner cette page définitivement sur ce passé colonial sans montrer toutes les difficultés qu’ont les sociétés algérienne et française, pas encore prêtes à l’oubli ?

Benjamin Stora à ce sujet, laisse à son œuvre tout à fait complète pour réveiller ce passé volontairement occulté par une guerre de 7 ans, comme une part qu’l laisse en héritage. Il va chercher surtout à faire comprendre dans l’apaisement de l’écriture tout le sens des évènements historiques et chronologiques qui ont secoué les deux pays. Il en dresse d’ailleurs avec clarté et justesse le portrait de l’Algérie avec sa guerre, ses brûlures, ses douleurs et ses ruptures. Comme il met en avant l’action des acteurs les plus illustres de cette période de De Gaulle à Mitterrand dans cet ouvrage de 1.000 pages et 5 chapitres à partir de 6 de ses livres, éclairés par des récits biographiques d’une grande authenticité. Dont le 1er « Les clés retrouvées »  celui qui vient interpeller la mémoire vive et douloureuse de cette époque, qui indiscutablement la questionne le mieux. Benjamin Stora laisse donc à cet ouvrage inédit sur cette question mémorielle de recourir au vœu le plus pieux de guérir les plaies longtemps ouvertes pour enfin œuvrer à la réconciliation des deux peuples. Objet de sa nouvelle mission que lui a confiée le Président Macron  en partenariat avec son homologue historien algérien Abdelmadjid Chikhi désigné par le chef d’Etat Algérien,  pour se rencontrer, échanger, raconter et partager entre eux en tant qu’experts qu’ils sont, pour réaliser un travail de mémoire en commun suivi par les deux présidents dont on attend des vérités trop souvent dissimulées dans l’unique espoir que l’histoire donnera vraiment sens à la mémoire, symptôme oublié de la relation algéro-française.

 JACKY NAIDJA

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