Interviews

Entretien avec Karim Moussaoui

ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC KARIM MOUSSAOUI

Karim Moussaoui, né en 1976, comédien, producteur et réalisateur du film « En attendant les hirondelles » est l’invité du festival Cinemed 2019

Michel simon

« LA VALSE DES LOUPS » DE MICHEL SIMON

Sous le pseudonyme de Michel Simon, Ahmed TANJAOUI, policier de son métier, nous embarque avec « la valse des loups » dans une enquête à Marseille

Tarek OUBROU

INTERVIEW DE TAREK OUBROU

Très engagé dans le dialogue interreligieux, Tareq Oubrou, Grand Imam et Recteur de la Mosquée de Bordeaux, était présent à la Conférence pour la Paix

La valse des loups

RENCONTRE AVEC MICHEL SIMON

RENCONTRE AVEC MICHEL SIMON A PROPOS DE SON ROMAN « LA VALSE DES LOUPS » (ÉDITIONS LE ROBINSON)

la valse des loups

Après “la valse des loups”, son 1er roman sorti en 2017 et publié aux éditions Le Robinson, Michel Simon (pseudo), policier, a mis les bouchées doubles pour trouver le temps d’entamer un 2ᵉ livre en cours d’écriture dont il garde secrètement le titre à sortir début de l’année prochaine. 

Avec sa soif d’écriture et son art de narrer des histoires policières dont les sujets n’en manquent pas dans sa profession, très proches le plus souvent des histoires qui l’obsèdent en permanence et en prise avec l’humanité révoltée, violente, criminelle. l’auteur mise sur tout ce qui touche à presque tous les genres sans se conformer pour cela à aucun, comme en témoigne les réponses à l’interview qu’il a bien voulu nous accorder à ce propos lors de notre rencontre au Festival international du dessin de presse et de la caricature. Là où il était invité  pour présenter son livre au public côté polars. Une première pour l’auteur de rencontrer le monde des dessinateurs et caricaturistes de presse et leur public pour une dédicace de son livre « la valse des loups ».  

Quelques mots sur Michel Simon

C’est surtout la puissance imaginaire qu’on remarque tout de suite chez lui, qu’il met en avant dans la dimension de ses récits comme jeune auteur, aux influences contemporaines certes mais surtout très professionnelles, issues du terrain et de son milieu policier dont il garde tout son professionnalisme.

Entre son métier qu’il exerce et sa passion d’écrire sans économie de mots, Michel Simon, l’écrivain et romancier du « roman noir » reste toujours soucieux de mêler souvenirs et imagination, toujours décidé à relater ses expériences extirpées de son métier, marqué aussi probablement par les lectures de sa jeunesse, autre passion jamais déméritée, qui sont partie prenante de toute sa culture. 

L’auteur est fin prêt pour entrer de plain pied dans la grande famille des auteurs du roman policier avec discrétion, tant il est vrai que son 2ᵉ roman qui va sortir, offrant encore des affaires bouillonnantes et scabreuses, avec ce sens du récit à lui, construit autour d’aventures et de mésaventures, est  attendu très prochainement avec impatience. Comme il était présent au festival du polar de l’Estaque qu’a organisé le Fidep (Festival International du dessin de presse et de la caricature) pour sa 7è édition. Une bonne occasion pour lui de participer à une  rencontre dédicace de son roman très marseillais « la valse des loups. »

Interview

En Répondant avec franchise et une grande humilité à nos questions, l’auteur nous a parlé de son métier, de ses choix d’écriture, de la ville de Marseille qui l’inspire, où la fiction et la réalité n’ont de cesse à abonder.

1/ Janapresse: Vous venez de publier votre 1er roman policier  » la valse des loups ». Comment vous est venue cette idée de récit tout à fait marseillais en prise avec le milieu de la ville ? 

Michel Simon : De par mon métier et l’expérience acquise.. Et j’ y ajoute cette passion en moi pour l’écriture et la lecture sur tout ce qui relève de la criminalité au quotidien, des affaires judiciaires douteuses, de la violence. J’ai connu et rencontré des personnes dont le quotidien semblait ordinaire, mais qui en réalité menaient une vie qui l’était bien moins. Soit par les épreuves souvent douloureuses qu’ils vivaient et sur lesquelles ils n’avaient aucune prise, soit par les défis qui se présentaient à eux et dont l’issue devait assurément mener à la réussite, à  la condition de faire les bons choix. Dans le premier cas « c’était la faute à pas de chance » a-t-on coutume de dire. On subit son sort et on doit souvent combattre contre soi-même afin de ne pas sombrer. Dans le deuxième cas, on vit dans l’illusion de tout maîtriser mais au moindre faux pas, à la moindre décision non adaptée à une situation donnée, tout est perdu et on ne doit alors son malheur qu’à soi-même: destins ou choix de vie? Difficile de se prononcer. Toujours est-il que de ces personnages-là, j’en ai bien connu, certains ne sont plus. Et c’est à eux que j’ai voulu rendre hommage, à ces gens  qui ont subi dans la dignité, et à ceux qui ont causé leur propre perte en toute bonne foi. 

2/ Janapresse : Vous avez choisi de prendre le pseudo de Michel Simon en référence à quoi? Avez-vous l’intention de le garder pour votre prochaine édition?  

Michel Simon : Cela faisait quelque temps que je cherchais un pseudo mais sans savoir lequel utilisé (un vrai casse-tête), et j’ai fini par opter pour celui de Michel Simon un très grand acteur décédé en 1975 et dont j’ai revu l’un de ses films encore récemment. Quant au fait d’écrire sous ma vraie identité, je n’en ai pas vraiment envie du moins, pas pour l’instant. L’humilité fait que je ne me considère pas encore comme faisant partie des grands du polar pour m’afficher ainsi aux yeux de tous. Et je vous confirme que Michel Simon me va très bien comme pseudo.

3/ Janapresse : Vous êtes déjà dans l’écriture de votre prochain roman policier. Dites-nous un peu plus sur le sujet de ce 2è livre?

Michel Simon : Oui, en effet, je suis sur l’écriture de mon 2è roman policier. Il aura pour cadre la ville de Marseille que je connais bien, et que j’aime. Bien sûr mon personnage principal Sercy sera au centre de l’enquête avec ses ramifications qui dépasseront les frontières. j’ai découvert sur le tard cette passion d’écrire notamment du policier, de mélanger fiction et réalité en prenant comme socle l’imaginaire et en y intégrant du vécu et des expériences du terrain acquises dans mon métier de policier. De ce regard porté sur l’écriture, c’est le polar qui m’a attiré au point d’en venir à raconter des sujets. Ce livre, sous forme de journal, je l’ai dédié à ma fille en lui contant ces enquêtes au quotidien que mène le héros, mais c’est aussi un roman en hommage à certains collègues et amis (Jean- jacques, Reynald, Pascal, Jean- Paul, tous décédés pas vraiment comme on pourrait le souhaiter), pour saluer leur courage et les extraire un peu de l’oubli dans lequel une très grande majorité d’entre nous est vouée à tomber après notre mort.

4/ Janapresse : D’où vous vient alors cette passion du Polar?

Michel Simon : Tout simplement de tout ce que je vis dans mon métier de policier depuis plusieurs années, de mes lectures de romans policiers et bien d’autres lectures encore qui m’inspirent en permanence. Donc précisément et quitte à me répéter, de tout ce vécu et d’un imaginaire qui, à un moment donné va faciliter pour moi une histoire fabriquée de toutes pièces avec ses personnages et son suspens. Quant à mon roman lui-même, c’est une histoire qui tourne  autour de la relation dans le travail entre deux personnes que tout oppose. Un enquêteur, un peu traîne savate qui s’intéresse de loin à ce qu’il fait, et une commissaire de police à la fois intègre et exigeante. Le premier ne la supporte pas, la fuit souvent à cause de sa réputation d’aristocrate poissarde. La seconde ne cesse de l’inciter à s’impliquer davantage dans ses investigations.  C’est ainsi que le héros va alors découvrir tout au long de son travail d’enquête que la nature humaine est sans limite dès lors qu’il s’agit de plonger et de se complaire dans les abysses de l’ignominie.

5/ Janapresse : Vous êtes invité au festival du Fidep ( festival international du dessin de presse et de la caricature) pour sa 7è édition à l’Estaque Marseille qui va associer des auteurs du Polar ? Quelles sont vos impressions?

Sur ma présence au Fidep, je suis très flatté d’être invité dans ce festival qui doit sa réputation à ses activités nombreuses et au talent de tous ceux qui l’animent. Les premiers sont les caricaturistes du monde entier habitués de ces lieux historiques de l’Estaque sans oublier les organisateurs qui mettent leur passion au service de tous. Pour moi c’est une occasion unique de retrouver le public marseillais et de faire connaître mon livre avec cette histoire typiquement marseillaise qui se déroule dans cette cité phocéenne,  aussi connue pour ses monuments que pour ses multiples paradoxes.Voilà pour l’essentiel, en plus de ma satisfaction d’être au milieu de ce public marseillais.

JACKY NAIDJA

AZOUZ BEGAG A REPORTERS: « LES HISTOIRES DE L’ALGÉRIE ET DE LA FRANCE SONT IRRÉMÉDIABLEMENT LIÉES ET LEUR AVENIR AUSSI ».

AZOUZ BEGAG A REPORTERS: » LES HISTOIRES DE L’ALGERIE ET DE LA FRANCE SONT IRREMEDIABLEMENT LIEES ET LEUR AVENIR AUSSI ».

1/Reporters. dz :A propos de votre livre « les mémoires au soleil »,  qui vient de sortir, comment se porte sa promotion et comment est-il perçu par le public?

Azouz Begag : la promotion que j’ai entamée en direction du public des librairies se porte très bien. Je suis très encouragé car il y a eu un 2è tirage du livre depuis une semaine. C’est le signe que les libraires ont pris en main le destin de cet ouvrage. J’en suis très heureux car je rencontre beaucoup de public qui me le rend bien. Je croise les doigts pour le moment!

2/Reporters.dz : Ce roman ne serait-il pas une suite naturelle des mémoires du « Gone de la Chaâba » où je me trompe? En tous cas c’est comme ça qu’il est perçu…!

Azouz Begag : C’est très juste. En somme c’est la fin du Gone de la Chaâba et comme vous dites c’est une suite naturelle des mémoires…

3/Reporters.dz : Pensez-vous qu’il a une chance d’être adapté au cinéma comme le précédent livre qui d’ailleurs a reçu le prix….

Azouz Begag : Oui tout à fait. Parce que je suis moi même scénariste pour le cinéma et la télévision. Et j’écris les romans comme un parfait scénariste.

4/Reporters.dz : A ce propos justement, vous avez commencé votre carrière d’écrivain avec le roman et vous l’avez prolongé avec l’essai et les textes à thèses. Pourquoi?

Azouz Begag : Aujourd’hui il faut être littéraire mais en même temps sociologue, historien pour pouvoir élaborer une œuvre complète. Je crois que « les mémoires au soleil », est une œuvre complète parce qu’elle associe plusieurs disciplines: la sociologie, l’histoire, la géographie. Et c’est aujourd’hui à l’âge de mes 60 ans que je réalise l’accomplissement de mon travail d’écrivain après de nombreuses années d’écriture qui ont vu naitre de nombreux autres ouvrages. C’est vous dire aussi le temps passé, précieux et important dans ma vie.

5/Reporters.dz : Dans le travail du texte à thèses, vous semblez avoir rapidement basculé du texte universitaire et académique à celui du grand public. Est- ce alors un besoin de vous faire davantage entendre et mieux comprendre?

Azouz Begag : Les travaux des scientifiques ne constituent qu’une minorité du public. Et moi, depuis toujours, j’ai eu cette ambition de changer quelque chose dans la société. C’est avant tout de faire en sorte que le grand public soit mon objectif en priorité… J’écris de telle manière que le grand public puisse me lire aisément. C’est un peu ma problématique de l’égalité des chances car je veux que tous mes travaux soient accessibles au plus grand nombre pour pouvoir accéder à la lecture de mes ouvrages et mieux me faire entendre et comprendre. Oui, il est vrai qu’il y a un réel besoin de se faire comprendre tout au moins par les plus modestes, les enfants, puisque j’ai beaucoup écrit pour eux. Mais aussi les pauvres qui doivent comprendre combien c’est important la lecture, l’écriture, en somme l’éducation. C’est pour cela que je fais en sorte que les gens défavorisés dans la société puissent accéder facilement à mes travaux.

6/Reporters.dz : Vous faites souvent l’éloge de la double culture, une posture difficile à soutenir pourtant. Pourquoi y tenez-vous à ce point?

Azouz Begag : Non. Pas particulièrement. Parce qu’une très grande partie de la population française est issue d’une culture mixte ou en tous cas d’une culture hybride : en exemple les espagnols, les portugais, les italiens, les polonais, les maghrébins, qui font un peuple qui vient de partout et ça fait la richesse de la France d’aujourd’hui. Tout en s’emparant de la langue française pour écrire des livres, faire des films et en tout voilà 250 millions de francophones dans le monde.

7/Reporters.dz : Vous avez été ministre de la République, quelle expérience gardez-vous de votre mandat. Ce titre vous sert-il encore?

Azouz Begag: C’est une expérience très enrichissante. Mais pas de tout repos surtout durant la période de ma nomination avec les émeutes des banlieues qui ont suivi. De mon point de vue, aujourd’hui un écrivain reconnu dans la société française a plus de pouvoir qu’un ministre, pour la simple raison qu’un écrivain est un homme libre. Alors qu’un ministre est un homme bridé. Je dirais que le titre de ministre ne me sert pas du tout. Et je n’ai pas quitté la politique pour me taire bien que j’en garde quand même un bon souvenir. Rappelant au passage « qu’il n’était pas entré au gouvernement par charité » mais  » pour donner à la France le goût de la diversité. »

8/Reporters.dz : La France et l’Algérie sont toujours à la recherche d’une relation à la hauteur de leurs ambitions malgré quelques contentieux. Comment voyez- vous cette relation avec le temps qui passe?

Azouz Begag : Je crois que mon roman va contribuer à rapprocher encore plus ces deux pays parce qu’il leur parle, en même temps il tend à rapprocher leur histoire. Personnellement lorsque je suis parti à la recherche de mes ancêtres morts en 1917 dans la Somme, ces petits éléments de mon autobiographie ont eu surtout pour valeur de faire comprendre que les histoires de la France et de l’Algérie sont irrémédiablement liées et par voie de conséquence leur avenir aussi. Les millions de français d’origine algérienne sont tous de près ou de loin des ambassadeurs de la construction de cette relation Franco-Algérienne qui s’est établie depuis fort longtemps, avant tout sur la base de la langue française. L’équilibre viendra avec le temps, car cela fait à peine 70 ans que la guerre d’Algérie est terminée. Les générations à venir ne pourront que vivre de manière plus apaisée. Il y a donc de mon point de vue toutes les raisons d’être optimiste aujourd’hui car il y a tout à gagner à vivre une relation apaisée et durable dans l’intérêt des deux pays et des deux peuples.

9/Reporters.dz :  L’Algérie célèbre aujourd’hui l’anniversaire du 19 mars 1962. Une date historique du cessez- le feu et des accords d’Evian. Qu’est ce que cela signifie pour vous en tant que sociologue et politique à la fois ?

Azouz Begag : de la part du politique, j’ai un point de vue positif qui a compris dans les années 60 qu’un pays ne pourrait pas imposer sa domination sur un autre pays et que le processus d’autonomisation et d’indépendance des nations était irrémédiable. L’expression de la liberté par toutes les nations du monde est un processus plus fort que tout. Les dirigeants algériens et français de l’époque l’avaient bien compris à temps pour mettre fin à une guerre par le cessez- le feu et garantir la paix par des accords d’Evian.

10/Reporters.dz : Comment voyez-vous l’avenir de l’Algérie à la veille de nouvelles élections présidentielles en 2019 ?

Azouz Begag :  l’avenir de l’Algérie comme celui des pays du Maghreb est lié intrinsèquement à celui de l’Europe, de la Chine, de l’Afrique. C’est le cycle de la mondialisation, non plus seulement dans la relation bilatérale avec la France. Il y a par exemple un nombre impressionnant de chinois qui contribuent à bâtir l’avenir dans cette partie du monde. Cela est un signe très fort de coopération internationale. Désormais l’avenir se conçoit en terme planétaire, en terme multilatéral, en terme de globalisation. Il faut voir cette évolution de l’Algérie, un pays de 40 millions d’habitants comme une évolution positive à l’exemple de son voisin le Maroc qui évolue pareillement tout en sachant que la Tunisie et la Lybie ont de sérieux problèmes liés particulièrement à des difficultés économiques. Bien entendu, il faut toujours espérer un renouveau pour le pays.

11/Reporters.dz : Que dites vous sur cette jeunesse algérienne dont plus de 60% ont moins de 25 ans et qui est enclin à des difficultés notamment le chômage?

Azouz Begag : S’il n’y a pas de développement économique immédiat, susceptible de créer des emplois à cette jeunesse à court ou moyen terme, on va droit à une catastrophe dans toute la région. Ce n’est pas seulement l’Algérie qui est le plus concernée mais tout le Maghreb à qui il faut apporter une politique globale pour reconsidérer les besoins de cette jeunesse et lui redonner la fierté qu’elle mérite, sinon la mer Méditerranée va continuer à être le cimetière à ciel ouvert pour des dizaines de milliers de jeunes en plein désespoir.

12/Reporters.dz : Sur la femme algérienne, comment voyez- vous sa place dans la société actuelle quand on sait que l’Algérie a progressé avec plus de 30% de femmes élues dans la représentation nationale?

Azouz Begag : Il est bien évident que c’est par la femme que vont encore se produire de principales avancées sociales et humaines. C’est un bel exemple de l’Algérie. Mais les femmes maghrébines en général ne nous ont pas attendu pour aller vers leur autonomisation et leur liberté puisqu’il faut reconnaitre que dans les universités du Maghreb, ce sont les femmes qui sont majoritaires. Elles ont déjà leur destin en mains et je vois ça très bien comme cela. Je suis même très content de voir qu’il y a à peine un mois, en Arabie Saoudite, les femmes ont pu être autorisées à conduire leurs voitures même si cela n’a pas été facile à gagner. La femme aujourd’hui dans le monde arabo-musulman est le fer de lance de la libéralisation de nos pays trop longtemps ancrés dans l’archaïsme. De très grands efforts sont menés aussi au Maroc et en Tunisie et la tendance de cette évolution par rapport à celle de l’Algérie reste pratiquement la même dans toute cette région.

13/Reporters.dz : Quand vous entendez parler de discrimination, de harcèlement sexuel au travail et de sexisme, quels sont les éléments de votre compréhension sur ces sujets?

Azouz Begag : Ce sont des mouvements irréversibles qu’il faut comprendre par le respect des femmes avant tout. Leur autonomie est un fleuron de la liberté comme partout dans le monde et c’est en observant la façon dont on traite les femmes que l’on observe les progrès d’une société. En France, il existe des lois et celles à venir prochainement sur ces sujets principalement vont constituer un sévère barrage à ces dérives.

14/Reporters.dz : Vous êtes attendu à Aix en Provence le 6 avril prochain pour une rencontre- dédicace de votre livre à la librairie de Provence, avec le public aixois. Avez-vous un message particulier à transmettre?

Azouz Begag :  Je réponds avec plaisir à une invitation de la librairie de Provence par l’intermédiaire de Christophe Lépine son directeur. J’en suis ravi et c’est une bonne occasion de rencontrer tous les publics, les universitaires, les gens des quartiers, d’origine différente, de religion différente et je leur dis avec Azouz Begag, il n’y a pas de censure. Je vous raconterai toutes mes vérités.

Propos recueillis par Jacky NAIDJA et Nordine AZZOUZ.

GHALEB BENCHEIKH

ENTRETIEN AVEC GHALEB BENCHEIKH* SPECIALISTE DES QUESTIONS D’ISLAM EN FRANCE EN EXCLUSIVITE POUR REPORTERS.DZ

Répondant à nos questions avec sa franchise habituelle et toute son honnêteté intellectuelle, Ghaleb Bencheikh, modeste et affable, tente de nous faire comprendre avec raison et une certaine vertu de la liberté à laquelle il est tant attaché, l’évolution du monde musulman et nous propose des outils et des angles d’attaque inédits sur la restructuration de l’islam voulue par le Président Macron. Le problème des mosquées en France, la place de la femme dans l’islam ou encore les rapports Franco-algériens sur la question des archives détenues encore en France. Abordant son ouvrage « Petit manuel pour un islam à la mesure des hommes » qu’il vient de publier aux éditions JC Lattès, enrichi au fil des temps par ses notes extirpées de ses conférences depuis les attentats, dans lequel il se livre sans ambigüité aucune, via un domaine de connaissances sur l’islam, la laïcité et la démocratie en France. C’est un exercice habituel pour lui que de parler de ce qui l’anime en permanence, sa vision de l’avenir du monde musulman dans sa marche vers le 21ème siècle, lui préférant la modernité, mieux une renaissance: celle d’un nouvel esprit en tous cas. Un livre dense de 200 pages écrites minutieusement, et tout à fait accessible, un triptyque nous dira-t-il, le premier qui va s’interroger sur les enjeux et les mutations de notre société, reflet de notre histoire, de notre pensée espérant en tous cas des rapprochements plus féconds vers de nouvelles voies dans l’acquisition du savoir.

« l’auteur qui connait parfaitement le Coran pour l’avoir appris, lu et relu souvent vient de démontrer dans ce livre, que la laïcité se pense en dehors d’une quelconque lecture du texte sacré, mais c’est en organisant de manière positive le principe de laïcité, en tant que musulman, inscrit dans l’espace commun de la République, parce qu’on est citoyen et musulman, comme on peut être chrétien, juif, croyant ou non croyant, qu’on peut faire la part des choses entre les affaires des hommes et les affaires de Dieu…Avec un détour, celui de l’intelligence qui prend du temps mais qui apaise et légitime. » (Extraits de la quatrième de couverture)

Reporters.dz : Le Président Emmanuel Macron veut restructurer l’Islam en France. Pensez-vous que cette démarche des pouvoirs publics est judicieuse, bienvenue et que l’Islam est bien représenté en France malgré ses nombreux interlocuteurs?

Ghaleb Bencheikh: La bonne réponse serait de dire, hélas, l’Islam n’est pas bien structuré. Il faut reconnaître que si l’Islam était bien représenté, les gouvernements successifs depuis un quart de siècle, au moins, n’auraient pas éprouvé le besoin de l’organiser. Certes, la tradition islamique, notamment dans son obédience sunnite, ne reconnait pas une autorité centrale. Il est vrai que sa représentation n’est pas unitaire. Mais devant, l’incurie organique qui prévaut, répond une volonté des pouvoirs publics en France de changer les choses. En réalité, nous sommes devant un grand paradoxe. Il nous incombe de le rompre parce que nous sommes dans un Etat laïc et la séparation de la politique d’avec la religion est inscrite dans la loi du 9 décembre 1905. On constate alors que les pouvoirs publics veulent s’immiscer dans l’organisation d’un culte au sein de la République et cela n’est pas normal eu égard à la laïcité de l’Etat. En même temps, les pouvoirs publics veulent avoir un interlocuteur privilégié, compétent, sérieux à qui ils doivent avoir affaire. Je peux comprendre que le président Macron et son ministre Gérard Colomb veuillent avoir en face d’eux une organisation saine, solide, composée de gens à la hauteur des enjeux cruciaux. Cette démarche en elle-même est judicieuse et même nécessaire. Malheureusement malgré tout ce que l’on peut penser, il faut passer par là pour avoir en définitive un partenaire compétent, reconnu et fin connaisseur de la réalité islamique en France. Et ainsi mettre l’islam à sa bonne place avec une composante islamique de la nation mieux organisée, sereine et apaisée. Depuis longtemps ce fut toujours le recteur de la grande mosquée de Paris qui était, de facto, l’interlocuteur privilégié. Depuis le CFCM (conseil français du culte musulman) qui n’a pas su ou pas pu fédérer autour de lui toute la communauté musulmane de France, se sont créées plusieurs chapelles qui n’ont pas gagné en crédibilité.

Reporters.dz : A côté de cela, il y a le problème des mosquées qui reste toujours posé quant à leur mode de fonctionnement, comme sur leurs financements ou encore la formation des imams par exemple. Qu’en pensez-vous?

Galeb Bencheikh : Suite au volontarisme du Président Macron, peut-être va-t-on vers une bonne solution. En tous cas, de mon point de vue personnel, il y a trois points fondamentaux et particulièrement essentiels: Le recensement des mosquées et leur officialisation, la formation des imams et le financement du culte. On parle de deux mille cinq cents mosquées en France, ce n’est peut-être pas suffisant au regard du nombre de fidèles. Mais il faut aussi des lieux de culte dignes et transparents pour la gestion paisible pour la pratique religieuse. En réalité, le plus important, c’est de savoir qui contrôle ces mosquées? Qui sont les imams? Sont-ils bien formés, ouverts au dialogue, à l’altérité confessionnelle? Ce sont des questions importantes qu’il faut vouloir régler avant tout. Concernant la formation des imams, j’ai toujours pensé que – bien que je ne sois pas pour que le concordat perdure – dès lors que le régime concordataire existe il faudrait qu’il soit étendu à l’islam. Il faudrait qu’il y ait un séminaire, une faculté ou un institut de théologie islamique pour former les imams en France sur les deniers publics en attendant de trouver une solution ailleurs. Il faut également que les imams soient formés à l’esprit gallican : marier l’héritage culturel, le patrimoine français avec la théologie islamique. Sur le financement, il faut être extrêmement vigilant quant aux engagements financiers occultes et notamment ceux provenant de certains pays, car ils deviennent de fait des Etats qui s’ingèrent dans la souveraineté nationale. Parce que celui qui finance dicte obligatoirement ses conditions, celui qui rémunère l’orchestre, choisit la musique. Et si les financements sont transparents et qu’on peut faire appel à des souscriptions nationales et internationales, pourquoi pas? N’oublions pas que l’église orthodoxe de Paris a été financée par des deniers étatiques russes. Simplement, il faut que cela soit contrôlé par un organisme comme la Cour des Comptes, par exemple. Ou alors faire en sorte que la « Zakat » l’aumône dite légale, une fois qu’elle a bénéficié aux nécessiteux et aux indigents, une partie restante pourrait revenir à l’organisation du culte islamique en France. Et, il y a la redevance du marché Halal, il faudrait qu’elle puisse autofinancer la pratique cultuelle également. Tout cela peut être clarifié en toute transparence.

Reporters.dz : L’Islam et la place de la Femme. Parlez-nous de cette charte en 10 points, élaborée récemment par des théologiens experts de la Grande Mosquée de Paris et à l’initiative de Dalil Boubakeur, qui veut lutter contre une lecture rétrograde du Coran et codifier la place de la femme dans l’Islam?  Qu’est- ce que cela représente pour vous?

GhalebBencheikh: à propos de la place de la femme, nous avons toujours entendu les islamistes affirmer que le Coran lui a accordé des droits qu’elle n’avait pas en son milieu dans la péninsule Arabique au VIIe siècle. Elle est devenue héritière alors qu’elle faisait partie du patrimoine à léguer. Devenue témoin alors qu’elle n’avait pas une parole qu’on entendait pendant qu’on a limité la polygamie à quatre femmes, de ce fait, le Coran lui avait donné toute sa dignité. Ce sont des choses que nous serine tous les jours la propagande islamiste. La seule chose ennuyeuse dans cette affaire, c’est qu’on a figé des dispositions législatives à un moment donné de l’histoire qui, à l’époque constituait peut-être ce fameux progrès dont on se gargarise. Mais, maintenant cela devient une régression terrible. Au XXIe siècle on doit considérer le droit comme une émanation rationnelle des hommes, s’appliquant aux hommes, pour le bien-être des hommes. C’est un droit positif qui tient compte de l’évolution des sociétés. De ce point de vue les sociétés musulmanes ont à évoluer en affirmant pleinement l’égalité ontologique et juridique « homme/femme ». Dans ce cas, elles entreront de plain-pied dans la modernité, dans le progrès, dans l’humanisme avec des valeurs universelles. Sinon, elles écoutent ce que leur racontent les doctrinaires islamistes et elles restent dans la régression tragique et l’arriération. Il est temps de s’insurger contre le statut infrahumain que connaissent encore de nombreuses femmes dans les sociétés musulmanes.

Quant à la charte que vous évoquez, l’important n’est pas tant son contenu, mais le respect des lois de la République. Si on est citoyen français ou résidant en France, on se doit d’appliquer les lois de la république française. Il se trouve aussi que les lois sont évolutives. Si on n’est pas d’accord on « jouera » sur l’alternance politique et on fera en sorte de changer la loi. A ce sujet, nous nous devons de nous appliquer les lois démocratiques à propos de l’égalité homme/femme et surtout le respect absolu et scrupuleux de la liberté de conscience, la liberté de croire ou de ne pas croire. Cette égalité et ce respect sont une valeur fondamentale en laquelle nous croyons tous, citoyens musulmans et non musulmans. De ce point de vue, nous n’avons pas besoin d’une quelconque charte qui n’a pas une valeur juridique du reste, car dès lors qu’on évoque une charte, on insinue dès le départ une singularité. Elle implique l’idée qu’on pourrait se mettre en dehors de la législation en vigueur.

Reporters.dz : Parlons maintenant des rapports entre la France et l’Algérie sur l’histoire mémorielle qui n’est pas tout à fait accomplie quand on sait que l’Algérie n’a toujours pas récupéré ses archives détenues en France. On parle seulement de 2% environ aujourd’hui. Qu’en est-il au juste selon vous ?

Ghaleb Bencheikh: A un moment donné, il faut qu’on sorte de l’histoire officielle. C’est une marque d’arriération que de croire que le politique peut régenter l’histoire et lui imprimer un caractère officiel. En ce qui concerne la France et l’Algérie, il y a, certes, un sérieux problème d’archives quant à leur restitution. Les relations franco-algériennes ont toujours été des relations passionnées, passionnelles. Il faut savoir les dépasser aujourd’hui, nous l’avons toujours dit. La France et l’Algérie ont un avenir commun et l’axe Paris-Alger est un axe structurant dans l’avenir des peuples algérien et français et par-delà dans toute la région. Ces 2% d’archives mis à disposition de l’Algérie par la France restent en décade ce qui est requis pour l’écriture d’une histoire objective. Il incombe donc aux autorités françaises de s’acquitter de cette dette et de remettre les archives à leurs destinataires: les Algériens. Puis, il faut les confier aux Archives nationales ou aux institutions officielles comme les universités, les bibliothèques où les historiens, universitaires, chercheurs, et autres étudiants pourront travailler librement.

Reporters.dz : D’après ma collègue Zahra Ferhati, journaliste TV que j’ai associée à ce questionnement, les sociétés musulmanes ont certes évolué. L’apport économique de la gente féminine est indéniable de ce côté là. Aussi est-il logique que la loi sur l’héritage notamment sur la part des femmes reste la même qu’à l’époque où la femme était un objet économique? Quel est donc votre sentiment à cet égard?

Ghaleb Bencheikh : Je répondrai non. Car on ne peut pas figer la dévolution successorale au temps du VIIe siècle. La femme est aussi actrice du développement économique et continuer à lui attribuer une demi-part d’héritage est injuste. Les islamistes rétorqueront que ce n’est pas toujours le cas, que la femme jouit de l’autonomie financière, qu’elle n’est pas tenue de subvenir aux besoins de la famille…Or, tout cela relève d’un modèle ancien, dépassé. Il est totalement obsolète. Et encore une fois, à notre époque contemporaine, l’homme et la femme doivent ensemble œuvrer au bien-être de la famille. Continuer à cryogéniser, à fossiliser, à calcifier des dispositions législatives et des normes juridiques du VIIème siècle est inique et inacceptable.

Reporters.dz : Aujourd’hui, la femme musulmane a accédé à des postes très sensibles dans la gestion de la cité mais reste encore mineure par rapport au mariage. Qu’en dites-vous?

Ghaleb Bencheikh : Dans les sociétés à majorité musulmane, en particulier dans le cas algérien, la femme peut accéder en théorie à la magistrature suprême. Imaginons un seul instant qu’on ait une femme présidente de la République qui veut se marier. Se posera une question: Est-ce qu’à ce moment-là, alors qu’elle commande aux destinées de la nation, aura-t-elle besoin d’un tuteur pour se marier?  C’est un non-sens total. Il faut l’abolir. La femme n’a pas besoin d’un tuteur si elle a envie de se marier ou de voyager.

Reporters.dz : Croyez-vous un instant que le monde musulman est prêt à une relecture du texte coranique dans son contexte historique et cultuel pour une mise à jour moderne?

Ghaleb Bencheikh : Si le monde musulman n’est pas prêt à faire une relecture moderne ou une mise à jour de la compréhension du texte coranique, il signera sa régression tragique. La question sera alors « être ou ne pas être musulman…au XXIe siècle ». Il faut pourtant savoir relativiser le texte à son contexte et ne pas l’utiliser comme un prétexte pour un nouveau contexte, sinon on prendra en otage le texte. En fait, on est obligé d’avoir une interprétation pour que les croyants puissent vivre en bonne conscience avec l’intelligence hybride, celle du cœur et de l’esprit et renouer avec l’humanisme d’expression arabe en contextes islamiques. Cet humanisme est oblitéré, occulté, ignoré, effacé des mémoires, insoupçonné. Pour le ranimer, le revivifier et le conjuguer avec d’autres apports venant d’autres horizons confessionnels et civilisationnels, il faut alors avoir cette nouvelle lecture hardie, appropriée avec les outils de l’intelligence et de la connaissance: l’herméneutique, l’exégèse moderne, la philologie, l’historiographie, la linguistique, la sémiotique…Encore une fois, toutes ces disciplines des sciences de l’homme et de la société doivent concourir à comprendre le texte d’une manière intelligente et élévatrice.

Reporters.dz : Parlez- nous de votre dernier ouvrage le « Petit manuel pour un islam à la mesure des hommes »* qui vient de paraitre  aux éditions Lattès.

Ghaleb Bencheikh :Dans ce premier volet (c’est un triptyque, ndlr) j’aborde les questions relatives à la laïcité et la sécularisation. Il faut comprendre cette dernière – une fois théorisée – comme un bien pour les sociétés musulmanes. Parce qu’avoir des individus qui viennent nous dire qu’ils ont su pénétrer « le désir politique » de Dieu, c’est un mensonge manifeste. Tout comme ceux qui disent qu’ils ont réussi à scruter la volonté divine et qu’ils sont les seuls à l’avoir comprise pour vouloir l’imposer à leurs semblables. C’est aussi faux. N’importe qui est devenu le procurateur de Dieu et le défenseur exclusif de ses droits sur terre. Il est vrai que par essence, l’islam est une religion monothéiste vénérant un dieu unique, Dieu de bonté, d’amour et de miséricorde, mais l’organisation de la cité est avant tout une affaire humaine. L’ouvrage est écrit comme une compilation de plusieurs conférences prononcées afin de donner une assise doctrinale à la désintrication de la politique d’avec la religion islamique. A mon niveau et très modestement, j’essaie de montrer qu’à travers l’histoire, bien qu’il n’y eût pas eu une science politique autonome en contextes islamiques, il y eut une véritable tradition de « miroirs des princes ». Le théologico-politique s’est affirmé en se crispant davantage avec le wahhabisme et avec la doctrine des « Frères musulmans ». La révolution khomeyniste n’a rien arrangé dans l’obédience shiite. Il est temps de revenir à la démocratie et au respect des libertés fondamentales.

« Petit manuel pour un islam à la mesure des hommes » est un livre qui traite de la désacralisation de la violence et surtout de l’égalité homme/femme. Une réflexion sur l’islamophobie, sur la liberté de conscience, la législation positive ou « le positivisme juridique » complète l’ensemble. De ce fait, les sociétés musulmanes évolueront quand elles laisseront place au droit positif au 21ème siècle : « On ne coupe pas la main du voleur, on ne lapide pas les femmes, on ne bastonne pas les impudents »!

Une proposition de lecture à la faveur de la modernité et la démocratie.

* Paru aux éditions JC Lattés. Février 2018. 16 euros.

*Ghaleb Bencheikh : Docteur ès sciences, formé en philosophie et en théologie, est unislamologue franco-algérien. Il est auteur de nombreux ouvrages et essais ayant trait au fait islamique, à la laïcité et bien d’autres sujets sur les problématiques des sociétés contemporaines. Ses conférences sont réputées dans les colloques nationaux et internationaux. Il est aussi Producteur et animateur de l’émission « Questions d’Islam » chaque dimanche sur France Culture et présente l’émission Islam sur France2. Membre du bureau de la Fondation de l’Islam en France, il préside aux destinées de la Conférence mondiale pour la Paix.

Propos recueillis par Jacky NAIDJA

avec la collaboration de Zahra FERHATI

RAYMOND VIDIL A REPORTERS :

A PROPOS DE MP2018

A l’occasion du lancement de MP2018 et de l’avenir du Grand Port Maritime de Marseille, Raymond VIDIL en tant que Président s’est exprimé à ce sujet.

Sur le projet du J1

C’est une très bonne chose. On ne peut pas mieux faire pour ne pas laisser un équipement aussi important et de cette qualité en friche. Le J1 a eu une carrière glorieuse depuis sa construction en 1920 pour servir aussi à entreposer des marchandises. Le port avec l’augmentation de l’activité portuaire s’est développé avec plus de mouvements classiques vers le Nord-Ouest dans des rapports entre les villes et les ports. Les bateaux restant de moins en moins à quai et les marchandises conteneurisées. Donc plus besoin de hangars de ce type, qui à l’origine ont été bâtis lorsque les conteneurs n’existaient pas. Le J1 étant devenu petit à petit sans activité, la direction du Port a donc lancé un appel d’offres pour un nouvel édifice plus en relation avec la ville et le port où vont se rencontrer des projets de développement économiques, culturels et touristiques avec des usages urbains et portuaires notamment tout en lui gardant toute sa vocation maritime.

Sur la relation MP2018 et le J1

Le J1 est un emplacement plus que symbolique, faisant face à la Place Sainte Marie, un passage historique et significatif par où sont arrivés les Grecs à Marseille. C’est bien évidemment une image valorisante du Port de Marseille. Avec MP2018, nous allons occuper ces lieux que la Ville de Marseille a mis à notre disposition pour l’organisation de ce grand événement culturel à partir de février jusqu’à novembre 2018. Nous occuperons le 3è étage (8.000 m2) pour la programmation d’une série de spectacles, concerts, expositions pour mettre en lumière deux artistes mondialement connus l’un JR pour ses grandes œuvres urbaines et grands portraits format espaces publics grâce au photocollage, l’autre KORAKRIT ARUNANONDCHAI, artiste Thaïlandais, un autre génie dans son genre, pour mêler spiritualité, sculpture, son et vidéo.  C’est donc avec ce type de partenariats sur des projets innovants, culturels, touristiques et économiques, que le Port par sa vocation commerciale, de transport de passagers, de marchandises va trouver le compromis nécessaire pour pérenniser cette relation entre la ville et ses habitants.

Propos recueillis par JACK NAIDJA

 

 

ENTRETIEN AVEC MERZAK ALLOUACHE

A Cinemed Montpellier, Merzak Allouache en invité d’honneur est venu présenter son importante filmographie (15 films) et non des moindres et participer aux masters class cinéma pour porter à la connaissance d’un auditoire très nombreux de jeunes lycéens son expérience du cinéma et sa pratique en tant que réalisateur.

Cinemed 2017 lui consacrant en effet une belle rétrospective de toute sa filmographie depuis ses tout premiers films. Une œuvre majeure avec laquelle il a traversé l’Algérie et toute sa société, continuant encore jusqu’à aujourd’hui de l’observer encore à travers tous ses mouvements sociaux et culturels, avec des allers retours entre la France où il réside et l’Algérie qu’il porte toujours dans son cœur où il a constamment trouvé sa vraie source d’inspiration.

On connait le génie de ce cinéaste sorti de l’IDHEC Paris après des études à l’Institut du Cinéma d’Alger, qui a emballé le public algérien avec le film « Omar GATLATO » en 1976. Une comédie burlesque sur la jeunesse de cette époque qui reste en mémoire de plusieurs générations, présenté avec succès à Cinemed cette semaine. Puis en 1978 avec un 2è film : « les aventures d’un héros » qui a vu sa carrière prendre son envol et relancer ses tournages dans des réalisations à succès comme « Bab El Oued City » (1994) Salut « Cousin » (1996), « Chouchou » (2002) avec Gad El Maleh et Alain Chabat ou encore Bab el Web (2004) avec Sami Naceri et Julie Gayet. Il n’en demeure pas moins que pendant un certain temps, il a aussi beaucoup contribué à la réalisation de courts métrages et de documentaires pour la télévision algérienne pour garder ce lien sacré avec le 7è art. Cela lui a valu d’ailleurs de grands mérites sans toujours de la vraie reconnaissance. Mais toujours alerte sur les moindres signes sur la société algérienne, gardant de là où il est un œil toujours braqué sur ses mœurs, ses coutumes depuis ces événements sanglants de cette décennie noire qui n’a épargné personne, encore plus les cinéastes et les journalistes dont il reste un des premiers grands témoins. Depuis 2012, il est à la manœuvre pour la réalisation de films en tant qu’indépendant où rien ne lui échappe, ni la comédie ni le drame. Comme dans « Normal » (2012), le film qu’il a lui même réalisé et produit. » La Baie d’Alger » (2012), » le Repenti » (2012), » Les Terrasses » (2013) », « Madame Courage » (2015) » ou encore « Enquête au Paradis » (2016) pour qui il a une certaine affection. Un film d’investigation sur une enquête de journalistes en Algérie traitant la propagande extrémiste, le salafisme et l’appel au Djihad au Maghreb et au Moyen Orient et surtout les causes qui motivent les jeunes à s’enrôler dans des groupes djihadistes pour exécuter des attentats suicides. Un film choc pour certains, et qui relate une certaine vérité pour d’autres. D’où cette équivoque qui enfreint sa distribution encore aujourd’hui.

Ces 2 films « Enquête au Paradis » (qui sera en compétition lors du 21è festival du film arabe de Los Angeles (USA) qui se tiendra au 27 au 29 Octobre prochain) ainsi que Madame Courage » n’ont pas trouvé encore à ce jour de distributeurs ce jour, devait nous avouer Merzak Allouache déçu. Se disant par ailleurs fort pessimiste quant à l’avenir du cinéma algérien qui ne décolle pas vraiment malgré un regain de renouveau porté par de jeunes cinéastes.

Merzak Allouache demeure cependant celui à la brillante carrière qui a découvert Gad El Maleh avec lequel il a réalisé 3 bons films et dont il en tire une certaine fierté, tant de sa propre expérience que de son autre manière de faire du cinéma Algérien.

De Montpellier, JACKY NAIDJA

 

 4 QUESTIONS DE Reporters.dz A MERZAK ALLOUACHE

1/ Reporters.dz: Où en êtes-vous avec le cinéma aujourd’hui?

 Merzak Allouache: Comme vous le voyez je suis toujours passionné par le cinéma et ma présence à Cinemed que je fréquente depuis mon tout début de carrière prouve aussi ma fidélité à son festival dont j’ai bénéficié de toute son aide. Je continue à produire des films sur des sujets tirés souvent de tout ce que je vois, je perçois en Algérie comme dans mes deux derniers films de Madame Courage ou Enquête au Paradis qui n’ont pas trouvé au jour d’aujourd’hui des distributeurs depuis 2012 pour le 1er et 2015 pour le second. N’allez pas chercher loin, ils n’ont pas reçu encore de visa pour être sur les écrans en Algérie. C’est dire toute les difficultés que les réalisateurs comme moi rencontrent face à des organismes de cinéma étatiques complètement absorbés par l’administration et la routine. Je suis et reste dans une grande frustration.

2/ Reporters: D’où viennent alors ces carences?

Merzak Allouache: Elles viennent tout simplement de ce côté administratif lourd, routinier lié au fonctionnement Ce qui me rend beaucoup plus pessimiste sur l’avenir du cinéma dont on attend beaucoup et notamment sur cette jeunesse un peu « orpheline » bafouée par la décennie noire, pas beaucoup formée ou alors sur le tas, qui a des projets de films, qui travaille et qui n’y arrive pas à cause de certains blocages certains. Car on fonctionne comme il ya quarante ans, avec les mêmes méthodes, avec le même environnement. Et cet environnement là, le plus proche du cinéma et des gens du cinéma, ne me plait pas du tout. Je le dis en toute sincérité. Les films c’est comme les livres, ils sont faits pour être vus et lus. Cela dépend le plus souvent de l’aide financière que l’on attribue à tel ou tel projet de film. Et cette aide tarde le plus souvent à venir au point de décourager les bonnes volontés. Après l’indépendance, on était dans la censure, avec des cinéastes « fonctionnaires » de l’Etat qui produisaient ou pas mais qui étaient payés. Aujourd’hui c’est un autre monde avec le numérique et Internet où on a en Algérie des cinémas complètement abandonnés, désaffectés et c’est à peine qu’on commence à faire un travail dans cette direction qu’on aurait dû entamer il y a quarante ans. Un public de plus en plus éloigné des salles obscures, qui ne suit pas et pour ceux qui font des films, l’argent ne vient pas, en tous cas, pas là où il faut. C’est que le cinéma n’est pas une vraie priorité.  Il y a ce cinéma de guerre de libération qu’on aide beaucoup, ce cinéma de films du mois de ramadhan aussi qui se créent ici ou là à la va vite et qui sont aidés ou encore ces grands événements comme celui de Constantine Capitale Arabe avec d’autres films de célébration qui ont engrangé des sommes énormes. Au point qu’on voit une grosse partie de la production de films algériens piratés, duplicates et vendus sur le marché parallèle. Mieux encore des jeunes cinéastes ou vidéastes qui mettent des films sur youtube et ça prospère bien. C’est là aussi une grande responsabilité que l’autorité en place ne prend pas.

3/Reporters: Et votre passage en ce moment à Cinemed Montpellier?

Merzak Allouache : Voyez-vous, j’en suis très fier et heureux d’être là à Cinemed pour échanger, écouter ce monde du cinéma y compris les apprenants des lycées classe cinéma qui sont débordants de vitalité et de curiosité. C’est comme ça que j’aime le cinéma, ouvert au monde, à la Méditerranée avec laquelle sans nul doute il va falloir construire un autre avenir, avec l’Afrique aussi et son potentiel énorme de jeunes qui ne demandent qu’à apprendre. Je suis aussi très fier de voir tous mes films projetés dans ce festival devant le grand public de Montpellier qui leur a réservé un accueil chaleureux. J’en suis reconnaissant surtout pour Enquête au Paradis qui a été projeté ici et pas encore en Algérie. Ce même film est en compétition au festival arabe à Los Angeles aux Etats Unis. Je tiens à dire ici toute ma reconnaissance à Cinemed et à ses organisateurs.

4/ Reporters.dz: Quelles sont vos impressions à propos de ce projet de restauration de films engagés par les autorités?

Merzak Allouache: C’est une très bonne initiative et elle était attendue depuis longtemps. Personnellement j’ai 2 films dont Omar Gatlato dans ce cas précis. Attendons de voir avec les labos italiens qui sont en possession de nos archives de films depuis 1982 à 1985 et ceux des labos Eclair qui ont la main sur la conservation de nos archives de films. En tous cas je prends cela comme une avancée positive pour l’avenir de nos films.

PROPOS RECUILLIS PAR JACKY NAIDJA, A MONTPELLIER

INTERVIEW DE RAYMOND VIDIL

RAYMOND VIDIL* PRESIDENT DE MARFRET ET DE MP2018 S’EXPLIQUE SUR L’AVENIR DU J1 ET DU GPM DE MARSEILLE

 

En tant que partenaire du Grand Port Maritime de Marseille, Raymond Vidil, Président de MARFRET et de MP2018 s’est exprimé à l’occasion du lancement de l’appel d’offres du J1 et sur le devenir du Grand Port Maritime de Marseille.

 

Reporters.dz: Quel est votre point de vue sur le projet du j1 à propos du lancement de l’appel à projets?

  1. VIDIL : C’est une très bonne chose. On ne peut mieux faire pour ne pas laisser un équipement aussi important et de cette qualité en friche. Le J1 a eu une carrière glorieuse depuis sa construction en 1920 pour servir à entreposer les marchandises. Le port avec l’augmentation de l’activité portuaire s’est plus développé avec des mouvements classiques vers le Nord- Ouest dans des rapports entre les villes et les ports. Les bateaux restant de moins en moins à quai et les marchandises conteneurisées. Donc plus besoin de hangars de ce type qui à l’origine, ont été bâtis lorsque les conteneurs n’existaient pas. Le J1 étant devenu petit à petit sans activité, la direction du port a donc lancé un appel d’offres pour un nouvel édifice plus en relation avec la ville et le port où vont se rencontrer des projets de développement économiques, culturels avec des usages urbains et portuaires notamment.

Reporters : Et avec la mer aussi….

  1. VIDIL : Evidemment avec la mer… parce qu’il lui faut surtout garder cette vocation maritime.

Reporters.dz : C’est donc une nouvelle image plus valorisante du Port?

  1. VIDIL : Oui exactement. Son emplacement est plus que symbolique, faisant face à la Place Sainte Marie, un passage historique et significatif par où sont arrivés les Grecs à Marseille.

Reporters.dz : Avec votre association MP2018, vous allez occuper ces lieux du 3è étage du J1 pour l’organisation d’un projet culturel important à partir de février au moins jusqu’à novembre 2018? De quoi s’agit-il au juste?

  1. VIDIL : Dans cette attente et jusqu’à l’affectation du J1 fin 2018, le Port a mis le dernier étage du hangar (8.000 M2) à disposition de la Ville de Marseille son partenaire privilégié, lequel a crée une association MJ1 pour sa remise en état avant de l’occuper pour diverses manifestations culturelles et autres événements inédits. Notre association MP 2018 va donc programmer dans ce lieu une série de spectacles, fêtes, concerts et expositions à l’image de MP 2013 Capitale Européenne de la Culture avec deux premières grandes manifestations qui vont marquer cette période et mettre en lumière deux artistes connus dans le monde entier l’un pour ses grands portraits format espaces publics grâce au photocollage. L’autre pour mêler spiritualité, sculpture, son et vidéo. Mais également des activités culturelles prévues avec les écoles primaires du département notamment.

Reporters .dz : Et sur l’avenir du Port en conclusion?

Je dirais tout simplement que les dernières réformes de 2008 qui l’ont transformé en Grand Port Maritime lui ont permis une stabilité dans l’activité, dont les résultats sont en nette progression. Ses projets innovants sont bien installés dans l’orientation choisie. Il faut donc les consolider tout en conservant au port sa vocation de commerce, de transport des passagers, des marchandises et en même temps trouver un compromis nécessaire pour pérenniser cette relation entre la ville, le port et ses habitants.

*Raymond Vidil: Est aussi Président directeur général de »MARFRET » une compagnie maritime de transport de marchandises par conteneurs avec des lignes régulières vers l’Europe du Nord, la Méditerranée et le Maghreb.

 

Propos recueillis par JACKY NAIDJA  

Interview de JEAN FRANCOIS SUHAS

JEAN FRANCOIS SUHAS* PRESIDENT DU CLUB DE CROISIERE

LIVRE SES IMPESSIONS A REPORTERS A PROPOS DU PROJET DU J1 ET DE L’AVENIR DU GPM MARSEILLE.

 

Reporters.dz : Quelles sont vos impressions à propos de ce projet du J1 et au delà de la place et du devenir du GPMM ?

JF SUHAS : Ce qu’il faut surtout bien comprendre, c’est que le Port de Marseille cherche à combiner plusieurs aspects à la fois. L’essentiel, c’est bien évidemment de continuer à être un port pour accueillir les croisières et attirer les opérations commerciales liées à ses navires. Et pour autant, le Port sous la pression de la Ville et des partenaires doit ouvrir d’autres espaces qui n’étaient pas exclusivement que des espaces portuaires. D’où l’idée de la transformation du hangar J1. Malgré les conflits d’usage liés aux normes, on peut néanmoins faire cohabiter des métiers et plusieurs choses différentes. Et cela va se passer au niveau du Sud avec le J1 qui est un lieu symbolique chargé d’histoire. Il va être ouvert face à la ville et les gens vont pouvoir être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du port et l’on pourra même passer au dessus de la voie royale pour voir passer les navires avec cette vue sublime sur la mer. C’est un espace qui sera dédié à toutes sortes d’aménagement avec des loisirs, de la culture, de la découverte avec cette idée centrale de faire rentrer la ville dans le port.

Reporters .dz : Un exemple de Port actuel ?

Cela se fait beaucoup ailleurs. Comme à Gênes, Bilbao ou Barcelone où la ville a totalement repris l’espace du port. Le port comme centre historique a disparu et les navires repoussés en périphérie à cause des nuisances, des fumées. Par contre là à Marseille on va garder le passage des bateaux de la Corse et du Maghreb qui seront bien visibles. Pour autant les marseillais et les touristes pourront s’accaparer un lieu d’histoire, un endroit unique dans le Sud vers le Mucem et vers le Nord le Port. Et pour bien connaitre la Méditerranée, quand on parle de Gibraltar et jusqu’en Albanie, il n’y a aucun espace où l’on peut réinventer un nouveau monde. Alors je suis pour qu’on travaille dessus avec les grands groupes internationaux qui eux seuls ont la capacité d’inventer une nouvelle forme de « coworking ».

Reporters.dz: Comment par exemple imaginer les relations avec les croisiéristes que vous représentez ?

JF SUHAS: Pas spécialement. Car les bateaux de croisière seront plus au Sud donc pas bateaux. Mais par contre les passagers des croisières pourront entrer dans cet espace comme par exemple à la Cité des Sciences pour découvrir ce qu’est la plongée sous-marine, les bateaux du 21è siècle ou encore les énergies du futur. Une expérience unique en son genre qui va venir renforcer l’offre du territoire et l’attractivité de Marseille qui s’organise autour du Yachting.


Reporters.dz : Une attractivité plus forte qu’aujourd’hui, pensez-vous ?

JF SUHAS : Oui beaucoup plus forte qu’aujourd’hui. Il y a en effet 2 secteurs qui sont en grande croissance essentiellement en Méditerranée. Ce sont la croisière et le Yachting auquel je crois beaucoup. Il y a 5.000 yachts actuellement et on en fabrique une trentaine tous les ans. Il ya une dizaine d’années la moyenne de longueur d’un yacht était de 30/ 40 mètres, elle est de 70 mètres en moyenne aujourd’hui avec des unités qui peuvent dépasser 130 mètres. Ces unités ne peuvent pas accéder dans des ports de plaisance comme Cassis par exemple. C’est ce challenge que le Port est en train de relever et cela peut créer de la richesse même s’il n’y a pas beaucoup de passagers à bord. Car il y a toute une vie industrielle derrière: la réparation, la maintenance, la mise à l’eau. Là-dessus le Port a une carte à jouer comme à la Ciotat. Marseille a un réel avantage de part la proximité de l’aéroport, des axes autoroutiers, des grands hôtels qui vont se développer parce que Barcelone et Gênes l’ont déjà fait et sont un peu en avance sur nous parce qu’on n’a pas un vrai pôle d’exploitation même si nous avons un pôle de réparation. Ce projet vise vraiment à redorer le blason de Marseille.

Reporters.dz : Vous présidez le Club de la Croisière Marseille Provence et vous êtes pilote maritime à la fois. Dites-nous plus sur ce Club ?

JF SUHAS : C’est un guichet unique qui met en relation tous les opérateurs des croisières, les amateurs comme toutes les personnes qui veulent travailler avec les croisiéristes. Je suis à la tête de ce club depuis 3 ans et le Club existe depuis 20 ans. Son siège est à la Chambre de commerce qui est membre fondateur tout comme la ville de Marseille et le Grand Port Maritime.

Propos recueillis par JACKY NAIDJA

CONFERENCE DE PRESSE AU FESTIVAL CINEMED DE MONTPELLIER 2016

AURELIE FILIPETTI ANCIEN MINISTRE DE LA CULTURE A LA TETE DU FESTIVAL CINEMED DE MONTPELLIER

Aurélie Filipetti présidente du CINEMEDAnnoncée à la conférence de presse de vendredi consacrée à la mise en place de l’édition 2016 du festival, la nomination d’Aurélie Filipetti ancienne Ministre de la Culture comme présidente de CINEMED a été entérinée. Elle sera assistée de Christophe Leparc auparavant directeur artistique nouvellement nommé directeur du festival ainsi que de Henri Talvat ancien Président qui devient Président honoraire. Ce dernier qui a présidé la 37e édition 2015 a été depuis de longues années à la tête de CINEMED.

Grand événement du cinéma à Montpellier, CINEMED qui a toujours traduit le rayonnement du cinéma français et méditerranéen trouve sa légitimité dans le succès de son festival depuis 1989 grâce à la multiplication des partenariats avec les pays méditerranéens et de la région en particulier en développant la création cinématographique et audio-visuelle et toute la production à travers son festival crée en 1979 qui draine chaque année des milliers de spectateurs de tous horizons battant des records d’audience sans précédent.

La 38è édition du festival est attendue du 21 au 29 octobre 2016.

JACKY NAIDJA

AMMAR BELHIMER : SUR LA ROUTE « DES PRINTEMPS DU DESERT »

Quelques mots sur le livre « Les printemps du désert » et entretien avec son auteur Ammar Belhimer

« Les printemps du désert »

Entretien d'Ammar BelhimerLes printemps du désert, un livre de Ammar Belhimer publié aux éditions de l’ANEP-Alger (Août 2016) met en exergue les soulèvements sociopolitiques dans les pays arabes sur lesquels l’auteur avec une certaine clairvoyance et beaucoup d’authenticité historique apporte toute la lumière sur ces événements qui ont marqué l’histoire du monde arabo-musulman depuis quelques années.

En choisissant sciemment le titre de son livre : « les printemps du désert »,  l’auteur explique par ailleurs que c’est pour mieux  mettre en évidence le paradoxe qu’il y a à appeler « printemps » : des événements et des faits porteurs d’aridité. Ammar Belhimer, figure emblématique du paysage médiatique algérien, connu surtout pour sa plume en tant  que journaliste, éditorialiste et fondateur de plusieurs médias, universitaire et docteur en droit de l’Université Descartes à Paris, s’interroge dans cet essai sur la part des héritages politiques dans cette partie du monde où les printemps arabes ont manifestement échoué.   Insistant particulièrement sur le malaise actuel dans ces pays pour mieux faire comprendre la perception de ces conflits qui entretiennent en permanence les crises de « guerre » dans cette région ; Il nous invite subtilement à jeter un tout autre regarLe Soir d'Algéried « politique » sur ces printemps arabes face au nihilisme de notre époque où les valeurs ont totalement basculé. Une analyse claire, précise, extirpée de ses notes et autres informations stratégiques, diverses et variées, tirées entre autres de ses chroniques qui paraissent chaque semaine dans le quotidien « le Soir d’Algérie ».

Par ce travail pertinent et méticuleux, l’auteur interpelle l’avenir de cette région devant les rapports complexes et  difficiles des pays les uns avec les autres. Là où justement la théorie du bon voisinage a totalement disparu au profit des intérêts des plus puissants à des fins stratégiques et uniquement économiques. Autant de questions et de réponses sur ce sujet sensible toujours au cœur de l’actualité dans ces pays où on n’a pas encore réussi à contenir les tensions depuis les printemps arabes face à des fractures sociales, ethniques, religieuses, à côté d’un lourd déficit démocratique, une aggravation des inégalités sociales et des économies en net recul. Pourquoi ce livre ? Si ce n’est qu’il vient révéler avec justesse l’époque d’un renversement de valeurs en mettant l’accent précisément sur des faits historiques incontournables où la contestation  partant de la rue est en prise avec toutes les forces présentes. Le tout sous l’action des Etats-Unis autour d’une stratégie globale d’experts des USA, d’Israël et de l’Otan avec ce lien puissant des entreprises d’armement et celui des sociétés pétrolières. Pour l’auteur, il était même nécessaire en s’imprégnant historiquement de ce sujet à partir de textes d’expertises en l’occurrence, de rappeler à l’opinion et aux lecteurs de son ouvrage toutes les étapes de cette escalade de la guerre et  sa terreur, le rôle des ONG, de la société civile et l’action des réseaux sociaux. Et parmi toutes ces questions, il y a surtout celle qu’il dévoile sur les calculs dissimulés de cette « doctrine Bush »* qui a consisté surtout à faire des musulmans de simples consommateurs et à intégrer leurs économies dans la mondialisation des produits. Ammar Belhimer de préciser à cet égard: « Cela rend l’islamisme parfaitement soluble dans les choix économiques et sociaux néolibéraux qui n’entravent aucunement les intérêts énergétiques et commerciaux occidentaux ». Et de pointer du doigt par ailleurs le rôle des sous-traitants joué par le Qatar et l’Arabie Saoudite. Grâce à un travail personnel inédit qui a consisté à rassembler toutes les preuves sur l’ambigüité de cette situation, ses fêlures et ses conséquences, l’auteur finit par dresser sans aucun équivoque un bilan quasi désastreux des printemps arabes. Et d’expliquer textes à l’appui ce qu’est l’effondrement de ces Etats  nations et l’abandon des souverainetés depuis les Accords de Sykes-Picot* au GMO (Grand Moyen Orient) de 1916 jusqu’à la doctrine Bush en 2003, sans oublier le Pacte de Quincy de 1945*. Car tous ces pays des printemps arabes n’ont plus aujourd’hui les mêmes ressources économiques pour surmonter ce qui est déjà pour leurs peuples un grand traumatisme. Ce livre aura tout au moins le mérite de faire état d’un constat surtout critique sur les bénéficiaires de ce « mouvement des révolutions » de 2011 que sont les secteurs de l’armement et du pétrole dans cette crise. Ce qui n’aura servi en effet qu’au démantèlement des états hérités de la colonisation pour ne leur offrir aujourd’hui que des situations de sous-développement, aux effets ravageurs sur les populations désormais vouées à l’exil. L’auteur n’hésitant pas tout au moins à croire bien malgré lui à une nouvelle approche globale d’une reconstruction d’Etats forts ancré sur l’égalité et la justice avant tout.

JACKY NAIDJA

Accords de Sykes-Picot : Accords secrets signés entre la France et le Royaume Uni le 16 mai 1916 pour le partage du Proche- Orient.

Le Pacte de Quincy : conclu en 1945 et porte le nom du Croiseur américain sur lequel il a été conclu et qui va faire de l’Arabie Saoudite un fournisseur particulier dont la sécurité  doit être assurée à tout prix.

* Doctrine Bush : (Remodelage du Grand Moyen-Orient) stratégie d’abord évoquée le 26 février 2003 par Georges Bush à l’American Entreprise Institute avant d’être consacrée le 9 mai 2003 à l’université de Caroline du Sud.

* Ammar Belhimer : Dernières Publications-Histoire de la Pensée Economique .Ed. Juris-com (2007)

– La dette extérieure de l’Algérie. Casbah Editions (1998)

Entretien avec Ammar Belhimer ENTRETIEN

JACKY NAIDJA

1/ Votre livre retrace toute la problématique historique et sociologique de ce qu’on a appelé les printemps arabes. Peut-on encore parler de printemps arabes aujourd’hui quand bien même l’actualité du reste du monde les a fait presque oubliés ? Ou bien cette ère là est bien derrière nous ?

AMMAR BELHIMER

Je récuse l’expression « printemps arabe ». Je lui préfère celle de « printemps du désert » que j’ai choisie comme titre à mon ouvrage afin de mettre en évidence le paradoxe qu’il y a à appeler « printemps » des événements et des faits porteurs d’aridité.

« L’essai » en question est une construction éditoriale à partir d’éléments de lecture déclinés en chroniques hebdomadaires dans le quotidien « Le Soir d’Algérie » au cours des cinq dernières années.

Il s’agit pour l’essentiel de lectures d’expertises et recherches américaines qui, avec le recul, servent de révélateurs de la direction historique et de la paternité des événements en question, d’une part, des forces et des moyens qu’elles ont mobilisés, d’autre part.

  • du point de vue de la direction : ils scellent le passage des accords Sykes-Picot de 1916 au GMO de Bush en 2003,
  • du point de vue de la paternité : ils confortent la mainmise du complexe militaro-industriel états-unien dans son nouvel habillage « leading from behind » de sous-traitance (doctrine Obama).

Ces lectures témoignent aussi des forces mises en mouvement et des moyens mobilisés pour reconfigurer la géopolitique arabe.

Elles mettent enfin en évidence des résultats probants qui ont pour l’essentiel abouti à la contraction et au reflux du mouvement de libération nationale et sociale, au dépeçage des Etats-Nations et à l’abandon des souverainetés.

Du point de vue de la direction, celle-ci obéit à une matrice qui part des Accords Sykes-Picot de 1916 jusqu’à la formulation de la doctrine Bush de « remodelage du Grand Moyen-Orient » – énoncée le le 26 février 2003 devant une réunion de néoconservateurs de l’American Enterprise Institute (AEI) – en passant par le Pacte de Quincy de 1945.

C’est dire, pour répondre au second volet de votre question, que cette ère là est loin d’être derrière nous.

JACKY NAIDJA

2/ A vous lire avec grand intérêt, en quoi votre livre apporte t-il particulièrement des révélations sur ces événements historiques?

AMMAR BELHIMER

Les « révélations » tiennent  principalement à la mise en évidence de facteurs occultés, par intérêts. « Révélation » d’abord quant  à la paternité du « printemps arabe » : elle renvoie à un centre unique, «une alliance mondiale entre les sociétés pétrolières intégrées et les grands entrepreneurs de l’armement, qui commandent les gouvernements occidentaux et les grands pays producteurs de pétrole. Cette coalition a subi un mouvement bidirectionnel : les exportations d’armes occidentales au Moyen-Orient et les exportations de pétrole hors du Moyen-Orient».

Les guerres dans la région accroissent inévitablement le prix relatif du pétrole, les profits différentiels et la part relative des sociétés pétrolières. Ce modèle indique que le récit classique —les Etats-Unis lancent des guerres au Moyen-Orient pour maintenir des prix bas — doit être retourné sur sa tête. Les Etats-Unis lancent des guerres au Moyen-Orient pour maintenir des prix élevés.

« Révélation » aussi quant aux forces mises en mouvement qui ont obéi à une cartographie précise indiquant :

  • l’arbitraire des pouvoirs en place, assis sur une gouvernance policière faisant de moins en moins appel à l’adhésion populaire et productrice d’exclusion, constitue un terreau favorable à l’extrémisme,
  • l’incapacité des libéraux à mener à bien des réformes démocratiques bourgeoises,
  • les espoirs déçus des couches moyennes qui auraient davantage marqué le cours des choses : «Sur la période qui a précédé le Printemps arabe, la satisfaction a diminué dans tous les pays étudiés » (Banque mondiale),
  • la quête de nouvelles assises construites sur l’islam politique, d’obédience wahabite (par ailleurs opposé aux Frères musulmans rayonnant de Qatar et de Turquie),
  • la mobilisation d’acteurs sociaux en quête d’affirmation : les jeunes et les minorités.

« Révélations » quant aux moyens recensés qui mettent en valeur le rôle des ONG et des réseaux sociaux.

JACKY NAIDJA

3/ Le monde entier connait les conséquences de ces bouleversements dans le monde arabe, aujourd’hui disséqué, divisé où tout est à reconstruire. Où se situent d’après-vous les responsabilités des uns et des autres ?

AMMAR BELHIMER

Au final, le « printemps arabe » aura abouti au démantèlement et à la déstabilisation des entités étatiques héritées de la colonisation pour leur substituer des configurations économiquement sous-développées, politiquement antidémocratiques et socialement inégalitaires. La Libye est en lambeaux, le Soudan coupé en deux, l’Irak sous partition confessionnelle, le Yémen et la Syrie en ruines (elle paie pour son intransigeance face au sionisme), la Tunisie en récession est pourvoyeuses de troupes pour la nébuleuse Daesch. Et ce n’est pas fini.

Le monde arabe n’est pas sorti de l’impasse.

JACKY NAIDJA

4/ Quand vous parlez de « Doctrine Busch » dans le  ( Grand Moyen Orient), y voyez-vous seulement les intérêts pétroliers américains et ceux concomitants des grands trusts de l’armement qui alimentent les guerres ou bien quoi d’autre en fait?

AMMAR BELHIMER

L’Initiative de Grand Moyen-Orient (Greater Middle East Initiative, GMEI) vise à transformer le paysage politique et économique de la région MENA. Lors de son discours sur l’état de l’Union du 24 janvier 2004, George Bush déclara ainsi : « Tant que le Moyen-Orient restera un lieu de tyrannie, de désespoir et de colère, il continuera de produire des hommes et des mouvements qui menacent la sécurité des États-Unis et de nos amis. Aussi, l’Amérique poursuit-elle une stratégie avancée de liberté dans le Grand Moyen-Orient », jetant ainsi les bases de ce qu’on appelle désormais « la doctrine Bush ».

Elle sera déclinée principalement à la faveur d’une occupation de l’Irak qui a chassé le dictateur Saddam Hussein pour installer la guerre civile.

JACKY NAIDJA

5/ Comment mieux expliquer le rôle d’OBAMA  à cet égard dans cette situation selon vous?

AMMAR BELHIMER

Depuis 2011, l’administration Obama a formulé la dernière version du nouveau commandement états-unien : « leading from behind », diriger depuis l’arrière, à distance, sans s’exposer – notamment aux pertes humaines.

Il est mis en pratique par la sous-traitance au profit de puissances régionales, une mission disputée à l’intérieur même de l’espace islamiste entre le wahabisme saoudien et les frères musulmans d’Ankara.

JACKY NAIDJA

6/ A partir de ce constat historique et sociologique que vous faites, croyez-vous en l’avenir du monde arabe ?

AMMAR BELHIMER

L’état de la Ligue arabe renseigne parfaitement sur l’absence de perspective historique pour le monde arabe comme entité unie. C’est un nouvel ordre construit sur mesure pour les monarchies féodales qui financent l’effort de guerres dans l’esprit de la doctrine Obama, cette dernière étant une mise à jour du Pacte de Quincy de 1945, du nom du croiseur américain sur lequel il a été conclu, et qui fait de l’Arabie Saoudite « un fournisseur vital dont la sécurité doit être assurée à tout prix ».

JACKY NAIDJA

7/ L’Algérie a été épargnée par les printemps arabes. Est-elle sortie définitivement de cette impasse et d’après-vous qu’est-ce qui a principalement concordé à cette situation ?

AMMAR BELHIMER

L’Algérie a été épargné pour deux raisons : d’abord, parce que le besoin de sécurité est fortement ressenti parmi une population éprouvée par dix années de guerre civile qui a fait plus de 200.000 morts ; ensuite, parce que les injustices à l’endroit de la population et les frustrations qui frappent les couches moyennes ne sont pas aussi fortement ressenties chez elle, du fait de l’effort de transferts sociaux consenti à hauteur de douze milliards de dollars chaque année.

JACKY NAIDJA

8/ Que dites vous alors de la Syrie d’aujourd’hui région de conflits avec de réels enjeux de  guerre, un pays que vous avez d’ailleurs visité récemment et du rôle de la Russie dans la situation qui prévaut actuellement dans cette partie du monde arabe ?

AMMAR BELHIMER

J’ai visité la Syrie en janvier 2015 et je dois dire qu’au-delà du procès fait au panarabisme arabe incarné par le régime d’Al Assad – lequel n’est pas un chantre de la démocratie – et du soutien, très large, assuré par l’Occident et ses alliés arabes aux coalitions rebelles, principalement islamistes, ce sont les souffrances du peuple syrien, les destructions et l’exil qui font le quotidien du peuple syrien. Force est de dire qu’en l’état actuel des choses, la Russie est un rempart contre l’avènement de ce que le monde arabo-musulman recèle comme activistes réactionnaires.

Entretien réalisé par Jacky NAIDJA