« HONTE A CEUX QUI SEPARENT LES EPINES DES ROSES » DE YAMINA KHODRI

Publié aux éditions RAFAR
(Septembre 2020-184 pages)

Un titre du livre qui en dit long et qui sonne comme un ancien adage puisé dans l’histoire ancienne et populaire, écrit avec justesse par Yamina Khodri, militante associative engagée dans l’action culturelle et l’aide humanitaire.

Un ouvrage dans lequel l’auteure replonge ses lecteurs dans les profondeurs de cette Algérie des années 90 où elle était encore attachée au cabinet du Wali d’Alger (Préfet) chargée plus particulièrement de la vie associative et de diverses actions sociales liées aux personnes handicapées, aux femmes isolées et démunies et au logement social. C’est au travers d’une association « loisirs et culture pour tous » qu’elle a créée, qu’elle décrit méticuleusement tout son parcours de militante aux côtés de l’Ecole des jeunes aveugles à Hydra.

Un projet dont elle a pris la responsabilité et qu’elle va défendre jusqu’au bout des ongles. Les locaux qui abritent en effet cette association sont convoités par les plus hautes instances de l’Etat, au risque de voir à la longue cette association et leurs élèves se déposséder de leur bien et de ce lieu acquis légalement par décret. Ces jeunes aveugles sont suivis par des éducateurs et des bénévoles dans un riche programme de formation.

Rattrapée par la mémoire de cette question dont la teneur ravageuse n’empêche ni la subtilité de la vérité ni l’émotion qui la caractérise, Yamina Khodri l’auteure, raconte avec une grande pertinence le calvaire de cette petite institution grâce au courage de tout l’entourage des parents et des élèves qui vont s’opposer avec acharnement pour conserver l’école en fonction. Un récit fort sensible qui témoigne de tout une lutte vécue au quotidien au profit du handicap contre l’imposture et la corruption légitimée à outrance à cette époque , soutenue par une bureaucratie largement installée dans les rouages de l’administration.

Elle persiste et dénonce l’impuissance vécue durant des décennies face à des manœuvres usurpatrices, ne pouvant profiter qu’à un système au détriment des gens déjà défavorisés comme ces aveugles sans défense face à l’autorité administrative. Une histoire véridique qui reflète les réalités obscures et les manigances du pouvoir de l’époque mis à mal par la contestation courageuse des élèves, leurs parents et tous ceux nombreux qui ont apporté leur soutien au maintien en fonction de cette école qui à terme est devenue un établissement public avec une nouvelle vie. Un livre bouleversant d’humilité qui retrace la mémoire de cette école face à certaines injustices du système en place qui se révèle comme un réquisitoire que l’auteure dresse de cette époque en guise de témoignage contre l’oubli.

*Yamina Khodri : En regagnant la France avec sa famille, va surmonter le passé encore récent pour anticiper le meilleur. Elle préside actuellement une association à Clermont Ferrand « Algérie Come Event » qui maintient le lien entre la région de l’Auvergne et l’Algérie dans les échanges interculturels et touristiques, notamment avec un salon de livres annuel qui depuis 4 ans remporte un succès retentissant. Elle reste toutefois « une passeuse de projets culturels » entre sa région et l’Algérie.

A noter que les revenus provenant de la vente du livre seront directement reversés à l’association des jeunes aveugles d’Hydra. Il y a possibilité aussi de commander et d’acheter le livre en France auprès de l’association à Clermont Ferrand: Algeriacomevent63@gmail.com

JACKY NAIDJA

Questions à Yamina Khodri  Auteure

1/ pourquoi ce livre aujourd’hui ? Est-ce une inspiration venue du Hirak qui a fait l’événement ou seulement un retour sur une actualité encore en mémoire ?

Ce livre a été écrit il y a une décennie. Je pouvais tenter de l’éditer en France ou je réside ou le publier en autoédition sur le web mais je souhaitais qu’il soit édité en Algérie ou son histoire parle le mieux. J’ai contacté moi-même plusieurs grands éditeurs au SILA D’ALGER (Salon International du livre Algérien) qui m’ont demandé à lire le manuscrit et j’ai eu des retours-réponses bateau du genre « ce sujet fort intéressant ne rentre pas dans notre but éditorial… ». Le hirak a effectivement insufflé une libération de la parole dans tous les domaines et au moment ou je m’y attendais le moins, un éditeur Algérien- Rafar éditions- a demandé à lire le manuscrit, et  a répondu favorablement pour l’édition immédiatement.

2/ Votre livre se veut un témoignage frappant sur une situation donnée à travers cette école, avez-vous d’autres exemples  ou sujets dominants qui ont ébranlé l’Algerie depuis et qui méritent d’être connus ?

Il y a eu plusieurs calamités qui ont ébranlé l’Algérie durant la période de l’histoire de ce livre : La décennie noire, le terrorisme, la guerre civile et nous, dans notre combat au milieu de cet environnement nous n’étions qu’un petit grain de sable, qui en comparaison ne pouvions qu’enrayer faiblement la machine qui avait « d’autres priorités nationales » à gérer.

3/ Vous continuez vos activités associatives à Clermont Ferrand avec un œil en permanence sur l’Algerie. Pouvez vous nous en dire plus sur ce domaine privilégié que vous entretenez avec le pays et qu’en pensez vous de la situation actuelle de l’Algerie par rapport à sa stabilité et sa place dans les relations France Algérie en Général.

En premier lieu, le mouvement associatif, et ceci dans le monde entier est la seule plateforme de communication ou on a toute liberté d’initiative et d’expression, d’où mon attachement à ce statut.

En second lieu après une expérience de plusieurs années dans le domaine associatif, il m’a semblé indéniable que pour tisser des relations entre la France et un autre pays, en l’occurrence l’Algérie en ce qui me concerne, le domaine culturel est un terreau d’excellence pour nouer des liens d’amitié d’égal à égal, de gagnant- gagnant, ou l’échange fructueux se fait dans les deux sens. Ici ce n’est pas de l’humanitaire ou l’un donne et l’autre remercie. Ici c’est un échange ou on apprend l’un de l’autre pour mieux vivre ensemble. D’ou  la création de l’Association Algéria Com Event que j’ai créé en 2015 et l’organisation annuelle du salon du livre L’AlgerAuvergnat.

En ce qui concerne les relations France Algérie en général, elles ressemblent à l’histoire d’un vieux couple qui ne peut se passer l’un de l’autre mais qui est tourmenté par des non-dits : Tant que  les faits réels de la vraie histoire de la guerre d’Algérie  n’a pas été révélée dans les deux sens aux générations futures, les relations, bien que politiquement correctes seront toujours biaisées.

4/ Et si vous aviez un dernier message pour vos lecteurs algériens que leur diriez vous en priorité ?

Qu’ils sont les forces vives de la nation, qu’ils aillent de l’avant en gardant toujours l’espoir en mire.

Entretien avec Jacky NAIDJA

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